SIVP, TUC, emplois-jeunes, CPE... En 30 ans, les gouvernements ont généralisé la précarité16/02/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/02/une1959.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

SIVP, TUC, emplois-jeunes, CPE... En 30 ans, les gouvernements ont généralisé la précarité

Depuis la montée du chômage, à la fin des années 1970, tous les gouvernements successifs ont prétendu lutter contre le chômage. Et tous, sans exception, ont créé, directement ou en aidant financièrement les employeurs, non pas des emplois, mais des «petits boulots», c'est-à-dire des contrats précaires.

Le précurseur a été sans doute Raymond Barre, Premier ministre de Valéry Giscard d'Estaing, en 1977-1978, dans un contexte où le chômage grandissait. Ses pierres dans l'édifice des contrats précaires ont été d'instituer le «Pacte pour l'emploi des jeunes», stages en entreprises assortis d'exonérations de cotisations de Sécurité sociale, déjà, et de créer des «emplois d'utilité collective», financés bien entendu par les fonds publics.

Mais c'est véritablement à partir de 1981, après l'élection de François Mitterrand, que le nombre des emplois précaires a explosé, essentiellement avec des «contrats aidés», c'est-à-dire financés par le gouvernement. Le premier gouvernement Mauroy a d'abord institué, dès 1981, les «stages 16-18», destinés aux apprentis, offrant ainsi de la main-d'oeuvre quasi gratuite aux employeurs. Ces stages avaient été surnommés les stages Rigoud, du nom du ministre communiste à la Formation professionnelle. Puis, en 1983, les stages d'insertion à la vie professionnelle (SIVP) ont été mis en place. Et en 1984, le second gouvernement Mauroy a lancé les «TUC», les travaux d'utilité collective. Ces TUC étaient des contrats à mi-temps, d'une durée maximum de six mois, destinés principalement aux collectivités publiques, mais la limite entre public et privé n'a pas toujours été évidente. L'idée de ces TUC aurait été soufflée à Mauroy par Trigano, le président et fondateur du Club Med, qui aurait profité de cette aubaine pour faire nettoyer les piscines de ses villages de vacances. La rémunération de ces TUC était inférieure à un demi-smic, et prise en charge par l'État.

En 1990, Rocard, alors Premier ministre, a mis en place les CES, les contrats emplois-solidarité, qui ont remplacé les TUC, mais qui étaient présentés comme de «véritables contrats» de travail. En fait, ce n'était encore une fois que des contrats précaires, à mi-temps et d'une durée allant de 3 à 12mois, destinés au «secteur non marchand», les associations, les collectivités locales ou les établissements publics. Le salarié était payé un demi-smic, l'État prenant en charge au moins 85% de la rémunération. Chaque année, plusieurs centaines de milliers de CES ont été ainsi conclus. Mais, par nature, tous les intéressés au bout de quelques mois se retrouvaient au chômage. En juillet 1992, des CEC (les «contrats emploi consolidé») ont été créés, destinés aux titulaires des CES qui n'avaient pas trouvé d'emploi à l'issue de leur contrat. Avec la même conclusion.

À son arrivée au gouvernement en 1997, Lionel Jospin a lancé lui aussi son grand chantier d'emplois précaires et a promis «700000 emplois-jeunes». Ces nouveaux contrats allongeaient la durée d'embauche à cinq ans, et l'emploi pouvait être à temps plein, toujours destiné au secteur public et aux associations. En fait, le nombre total de jeunes qui ont été concernés par ces emplois a été loin d'atteindre les 700000, et au bout des cinq ans, la possibilité d'être pérennisé dans son emploi était quasiment exclue.

Les CPE et autres CNE ne sont donc que la énième version de ces contrats précaires, offrant au privé ce qui existait de longue date dans le secteur public ou associatif grâce à la gauche.

Et quand la droite nous joue l'air du «c'est mieux que rien», elle ne fait que reprendre ce que la gauche disait des TUC ou des emplois-jeunes.

Aujourd'hui, parmi les nouveaux contrats de travail signés par les salariés, ceux de type précaire sont devenus largement majoritaires. Même dans le secteur public, dans l'Éducation nationale, ou à LaPoste, où de plus en plus d'emplois sont exercés par des contractuels engagés parfois pour quelques mois seulement.

Mais si la précarité est devenue de fait la norme, ce n'est pas une raison pour l'admettre.

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