Métallurgie : Un «accord» pour augmenter légalement le temps de travail16/02/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/02/une1959.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Métallurgie : Un «accord» pour augmenter légalement le temps de travail

Le patronat de la métallurgie (l'UIMM - Union des industries métallurgiques et minières) vient d'accoucher, au terme de neuf mois de rencontres avec les syndicats, d'un «accord» destiné, sur le fond, à permettre aux entreprises de la branche d'allonger encore le temps de travail des salariés. Les patrons du secteur pourront officiellement tenter d'imposer à leurs salariés de dépasser le contingent annuel légal actuel de 180 heures supplémentaires, et ce jusqu'à 220 heures.

L'accord intègre également la journée dite de solidarité dans le décompte horaire annuel, pérennisant ces sept heures de travail gratuit censées être en partie reversées par les patrons au titre de la solidarité avec les personnes âgées ou handicapées.

Tant qu'à accroître la flexibilité des salariés, le texte prévoit également la généralisation à de nouvelles catégories de travailleurs du système de travail au forfait-jours (218 jours sur l'année), jusqu'au coefficient 190, correspondant à un ouvrier professionnel. Ce système, jusqu'à présent appliqué aux cadres, permet à l'employeur de payer de façon forfaitaire les salariés concernés, avec pour seule limite l'obligation de respecter onze heures de repos consécutives, sans avoir à lui régler d'heures supplémentaires.

Ce «joli coup pour le patronat de la métallurgie», dont se réjouit Le Figaro, s'est réalisé grâce à la signature de trois centrales syndicales, la CGC, FO et la CFTC. La CGT et la CFDT ont, c'est la moindre des choses, refusé de signer cet accord de prolongation de la durée du travail et ce pas de plus vers la déréglementation du travail. Force Ouvrière, quant à elle, justifie sa signature par le simple fait que l'obtention du paiement des heures supplémentaires serait quelque peu facilitée grâce à cet accord. C'est tout dire...

Les heures supplémentaires, imposées ou non, restent de toute évidence une conséquence du niveau insuffisant des salaires. En l'absence d'annualisation du temps de travail, les heures supplémentaires sont majorées en principe de 25% pour les huit premières et de 50% pour les suivantes -et encore, uniquement pour les entreprises de plus de 20 salariés, car au-dessous de ce nombre, les quatre premières heures supplémentaires ne sont majorées que de 10%. Mais les heures travaillées au-delà de la durée légale du travail constituent surtout un supplément de fatigue, de stress, de pénibilité. Il faut de plus parfois déployer des trésors d'organisation et d'obstination pour parvenir à se les faire payer, en particulier lorsqu'on est salarié d'un sous-traitant ou d'une entreprise d'intérim.

Trois centrales syndicales ayant signé l'accord, celui-ci sera applicable aux 1700000 salariés de la branche. À moins que, pour ces centaines de milliers de travailleurs, la réponse aux attaques quasi quotidiennes ne devienne: «pas d'accord!»

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