Clemenceau : Le gouvernement français pris la main dans l’amiante16/02/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/02/une1959.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Clemenceau : Le gouvernement français pris la main dans l’amiante

«Un déchet», et qui plus est «un déchet dangereux», tel est le verdict que porte sur le Clemenceau le commissaire du gouvernement français, avant que le Conseil d'État décide du sort de cet ex-«fleuron» de la marine de guerre.

Depuis un mois et demi que ce navire-poubelle se promène sur les océans dans l'attente de savoir où s'effectueront son désamiantage total puis son démontage, les péripéties se sont succédé au point de ridiculiser le gouvernement français. Les dernières en date sont l'écart de trente tonnes d'amiante entre le poids déclaré par la société ayant commencé le travail en France et celui des déchets enfouis, le refus de la Cour suprême de l'Inde d'autoriser le porte-avions à être désamianté puis démoli sur les chantiers d'Alang, et enfin l'avis attendu du Conseil d'État français qui devrait demander le rapatriement du Clemenceau, s'appuyant sur la législation européenne qui interdit le transfert de déchets vers des pays non membres de l'OCDE.

Après tous ces cafouillages, qui prêteraient à rire s'il ne s'agissait pas d'un engin de guerre bourré d'un poison mortel, le désamiantage du Clemenceau est en train de devenir une affaire d'État. Chirac, en voyage en Inde, s'est «saisi directement» du dossier. On va voir ce qu'on va voir! Même dans la majorité, désormais bien obligée de constater que le gouvernement se couvre de ridicule, des voix s'élèvent maintenant pour réclamer le rapatriement du navire.

Le gouvernement avait choisi de faire faire une partie du travail en Inde pour des raisons d'économies. En Inde, en Chine ou au Bangla Desh notamment, se trouvent des chantiers de démolition de navires, où les conditions de travail déplorables, sans aucune sécurité et sans que les ouvriers connaissent même les risques qu'ils encourent, se combinent aux bas salaires. C'est là que les autorités françaises voulaient envoyer le Clemenceau se faire démolir, rejoignant ainsi tous les autres navires qui subissent le même traitement. Cela aurait pu passer sans heurts si les écologistes de Green Peace ne s'étaient servi de ce porte-avions pour dénoncer ces pratiques. Le Clemenceau devenait un symbole parce qu'il est la propriété de l'État français, qui s'est conduit dans cette affaire comme le plus pourri des armateurs privés.

Il est en effet scandaleux que les pays industriels envoient dans les pays pauvres des navires qui sont des poubelles pleines de déchets dangereux pour s'y faire démolir. Et on ne peut qu'approuver le combat des organisations écologistes et anti-amiantes qui dénoncent ces pratiques et qui, si le Clemenceau revient en France, auront certes remporté une victoire.

Malheureusement, cela ne changera certainement rien à l'attitude qu'ont les pays riches envers les pays pauvres, et encore moins aux conditions de travail et de salaires des ouvriers indiens et du Tiers Monde. Les ouvriers du chantier d'Alang et d'ailleurs vont continuer à démolir d'autres navires, en se rendant la plupart du temps sans protection dans des bâtiments dont ils ne connaissent pas les dangers, cela pour des salaires misérables, tandis que les industriels qui revendent les déchets et matériaux extraits vont continuer à s'enrichir. Pour les travailleurs, c'est soit mourir de faim faute de travail -et la perte du chantier du Clemenceau risque d'avoir des conséquences dramatiques pour des centaines d'entre eux- soit se ruiner la santé dans des travaux que les pays riches les condamnent à faire.

Alors, où faudra-t-il démolir le Clemenceau? Le problème est bien plus vaste: c'est toute cette société basée sur le profit qui est à démolir.

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