Janvier 1956, l'élection du Front républicain11/01/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/01/une1954.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Divers

Janvier 1956, l'élection du Front républicain

Une majorité "de gauche"qui allait faire une politique de droite

Le 2 janvier 1956, les partis rassemblés dans le Front républicain sortaient gagnants des élections législatives générales.

La SFIO de Guy Mollet, les radicaux socialistes de Mendès-France, ainsi que les petits partis qu'étaient l'UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance) de Mitterrand et les Républicains sociaux du gaulliste Chaban-Delmas, avaient constitué une coalition électorale intitulée Front républicain. Malgré l'insistance du PCF à s'y joindre, les partis de ce front avaient refusé catégoriquement, en cette période de Guerre froide, de s'allier avec un parti lié à l'URSS.

En ce début 1956, la guerre d'Algérie avait déjà plus d'un an. Depuis la Toussaint 1954, d'opérations de police en ratissages, les forces militaires françaises s'étaient considérablement accrues là-bas. Ce n'étaient plus seulement des gendarmes et des CRS qui opéraient sur le terrain. Des soldats du contingent, en nombre de plus en plus grand, étaient engagés dans la guerre. À la fin de l'année 1955, 180000 jeunes du contingent étaient présents en Algérie, dont certains maintenus au-delà de leur période de service militaire et d'autres, rappelés après l'avoir accomplie. L'opinion française acceptait de plus en plus mal de voir les jeunes enrôlés dans une guerre qui ne disait pas son nom et dont ils ne voyaient pas l'utilité. La campagne électorale pour ces élections législatives de janvier 1956 fut donc marquée par cette hostilité montante à la guerre menée en Algérie.

Dans ce contexte, les partis du Front républicain avaient fait de la "paix en Algérie" l'axe central de leur programme. Le Populaire, quotidien de la SFIO, s'élevait contre "le maintien sous les drapeaux du contingent" et déclarait "contre la guerre fratricide, ils (les jeunes Français) voteront socialiste". À la radio, Guy Mollet, dirigeant des socialistes et porte-parole du Front républicain, exposait son plan de paix: "Faire cesser immédiatement la répression aveugle indigne de la France; négocier avec les représentants du peuple algérien; élections libres et au collège unique de l'Assemblée algérienne, répartition des terres, aide économique. Cela vaudra mieux que des renforts de soldats et de gendarmes." Il déclarait: "La paix en Algérie est l'enjeu du 2 janvier." Pour sa part, le Parti Communiste appelait à la négociation afin de trouver une solution, dans le cadre de l'Union française précisait-il, ainsi qu'on appelait alors l'empire colonial français.

Le résultat de ces élections, auxquelles les électeurs avaient largement participé (79,6% d'exprimés), donnait une image des rapports de force entre les partis en présence. Le PCF arrivait largement en tête avec plus de 5,5 millions de voix et près de 26% des suffrages exprimés. Il emportait 146 sièges, 51 de plus qu'aux élections précédentes, devançant de loin tous les autres partis.

Mais cette forte présence à l'Assemblée nationale des députés PCF n'allait servir à rien d'autre qu'à soutenir la politique de la SFIO et de ses alliés, en particulier en Algérie. Le PCF fit des pieds et des mains pour rechercher -déjà- un rapprochement en particulier avec la SFIO, qui de son côté refusait tout ce qui pouvait ressembler à une alliance avec ce parti dont Guy Mollet disait qu'il ne se situait non pas à gauche, mais à l'Est.

La SFIO recueillait pour sa part près de 3,4 millions de voix, 15% des suffrages et 89 sièges. Elle était le parti dominant de la coalition. Les radicaux obtenaient un peu plus de 3 millions de voix et de 14% des suffrages et emportaient 70 sièges. Ensemble, les partis du Front républicain obtenaient une majorité de voix et de sièges, qui allait leur permettre d'accéder au gouvernement.

À peine sorti gagnant des urnes, le Front républicain abandonnait ses promesses au nom -déjà- du réalisme. Avant même d'avoir formé son gouvernement, lors du congrès extraordinaire de la SFIO qui se tint le 14 janvier, Guy Mollet précisait: "À propos de l'Algérie, gardons-nous des positions théoriques; il n'y a pas de panacée, pas de plan immuable (...) Qu'on ne croie pas que toutes les troupes seront rappelées du jour au lendemain." Quinze jours après, dans sa déclaration d'investiture comme chef de gouvernement, le 31 janvier 1956, il affirmait sa volonté de "maintenir et renforcer l'union indissoluble entre l'Algérie et la France". Quelques jours plus tard, de la tribune de l'Assemblée nationale, il menaçait, si le FLN ne déposait pas les armes: "La France serait contrainte d'utiliser toutes ses ressources pour assurer par tous les moyens la sécurité des populations."

Le gouvernement du socialiste Guy Mollet, élu sur un programme de paix, n'avait évidemment aucune intention de reconnaître purement et simplement le droit à l'indépendance du peuple algérien, car son rôle, c'était de défendre les intérêts de l'impérialisme français.

Deux mois plus tard, il allait même montrer que, face à l'extrême droite qui montrait les dents, il ne saurait que capituler.

Dans ce gouvernement, on trouvait un certain Mitterrand au ministère de la Justice, le même que beaucoup célèbrent encore aujourd'hui comme un grand "homme de gauche"...

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