Dixième anniversaire de la mort de Mitterrand : Inventaire tardif et hypocrite04/01/20062006Journal/medias/journalnumero/images/2006/01/une1953.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Dixième anniversaire de la mort de Mitterrand : Inventaire tardif et hypocrite

Le dixième anniversaire de la mort de Mitterrand donne lieu à une véritable débauche d'articles, de livres, de documentaires télé, où se mêlent les éloges et les critiques. Parfois les critiques deviennent même des louanges. Lorsque par exemple on évoque la duplicité du personnage, son extrême rouerie ou encore son ambition, c'est pour aussitôt souligner sa posture d'homme d'État, qui le place au plus haut dans le panthéon des grands présidents.

Mais parmi ceux qui, depuis sa mort et encore aujourd'hui, se réfèrent au devoir d'inventaire pour nous dire quelques vérités sur ce prétendu homme de gauche, nombreux sont ceux qui contribuèrent à établir sa légende dans l'opinion populaire. Pas seulement en 1981, lorsqu'il fut élu pour la première fois président de la République, mais bien avant, en 1965, lorsqu'il se présenta à l'élection présidentielle face à de Gaulle, puis en 1971 et1972, quand il fit la main basse sur le Parti Socialiste de l'époque, puis quand il signa, avec le PCF, le Programme commun de gouvernement.

Pourtant, si son parcours personnel, sa vie familiale (dont on se moque) n'étaient peut-être pas connus de tous, son parcours politique, lui, était notoire. Aucun des journalistes, et surtout aucun des dirigeants politiques qui lui firent allégeance, ne pouvait l'ignorer. Ni les notables socialistes, qui se mirent dans son sillage en sachant fort bien qui il était. Ni les dirigeants du PCF, qui ne pouvaient ignorer que ce Mitterrand, auquel ils accrochaient le destin de leur parti mais aussi celui de ses militants et de ses électeurs, avait derrière lui une longue carrière politique, marquée par l'anticommunisme le plus outrancier. Sans même parler de son sinistre rôle dans la guerre d'Algérie, dont il reste encore trace dans les formules qu'il utilisa alors en tant que ministre, comme par exemple "l'Algérie c'est la France" ou encore "la seule négociation, c'est la guerre". Il est vrai que ce passé-là fut aussi celui des dirigeants du Parti Socialiste, qui assumaient des responsabilités identiques dans les premières années de cette sale guerre d'Algérie. Ils n'avaient donc aucune raison de se montrer bégueules à l'égard de celui qui allait leur permettre d'accéder à la mangeoire gouvernementale au plus haut niveau. Quant aux dirigeants du PCF, pour les mêmes raisons mais dans les seconds rôles, ils firent de même; y sacrifiant une bonne part des forces militantes de leur parti et, du même coup, une bonne part de son influence électorale.

Ce n'est donc pas après 1996, à la mort de Mitterrand, que ce devoir d'inventaire aurait servi à quelque chose, mais en 1965, en 1972, et surtout en 1981. Au lieu de cela, la quasi-unanimité se fit parmi ceux qui fabriquent l'opinion à gauche pour taire ce passé et pour tisser une légende qui a abouti à de douloureuses déceptions. Tous les hommes politiques de gauche qui participèrent à cette mystification n'eurent pas à le regretter. Certains, après en avoir profité, s'en sont sortis mieux que d'autres, les dirigeants du PS en particulier. Ceux du PCF on payé plus durement leur choix. Mais ceux qui ont surtout fait les frais de l'opération, ce sont les travailleurs et les milieux populaires.

À quoi bon ressasser un passé, maintenant enterré? Tout simplement, parce qu'on se prépare à rejouer la même comédie à la population, avec quasiment les mêmes acteurs et dans les premiers rôles, pour la partie socialiste de la distribution, Fabius, Strauss-Kahn, Lang et quelques autres.

Mais cette fois, il n'est pas dit qu'ils réussissent à endormir l'opinion ouvrière avec des contes de fée, qui ne pourraient se terminer qu'en catastrophe.

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