La droite gouvernementale face à l'extrême droite : Un "rempart" bien poreux29/12/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/12/une1952.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

La droite gouvernementale face à l'extrême droite : Un "rempart" bien poreux

Le gouvernement puise-t-il une partie de son inspiration dans les poubelles de l'extrême droite? Le quotidien Le Monde le montre clairement en reprenant point par point, dans son édition du 26 décembre, le programme du FN et en pointant du doigt les convergences avec l'action ou les discours gouvernementaux.

En particulier, en matière de mesures démagogiques visant les immigrés, l'action de Villepin et Sarkozy n'est guère en reste sur les propositions d'un Le Pen. Ainsi, la restriction du délai pour l'obtention du droit d'asile (délai que le gouvernement se propose de raccourcir encore) fait écho à une exigence du FN. De même, l'augmentation du nombre d'expulsions d'immigrés clandestins, régulièrement annoncée à son de trompe par Sarkozy. De même, les restrictions à l'obtention de visas de tourisme pour les ressortissants de certains pays, le durcissement des conditions de la naturalisation et l'allongement de la période (de dix à quinze ans) durant laquelle peut être prononcée une déchéance de la nationalité des personnes naturalisées.

Quant aux projets du gouvernement, que celui-ci a formulés avec plus ou moins de netteté, ils participent exactement de la même logique. C'est ainsi que Villepin souhaite restreindre le droit au regroupement familial en le soumettant à la double condition d'une durée de résidence de deux ans en France (contre un an actuellement) et d'une "maîtrise de la langue française". C'est ainsi également qu'il faudra patienter dorénavant quatre ans, et non plus deux, pour pouvoir prétendre accéder à la naturalisation après un mariage avec une personne de nationalité française. Et l'on se souvient de la déclaration nauséabonde de Baroin, en visite à la Réunion, à propos de la possible remise en cause du droit du sol, thème lui aussi cher à l'extrême droite.

Il en est de même en matière de justice et de police. Qu'il s'agisse de la loi Perben 1, qui a étendu le recours à la comparution immédiate, du décret de Sarkozy, qui en 2003 a facilité les contrôles d'identité, de l'application par celui-ci de la "double peine" à l'égard des étrangers arrêtés lors des récents événements en banlieue, ou de son intention d'instaurer une peine plancher pour les récidivistes, on marche là aussi sur les plates-bandes du Front National. Avec de gros sabots.

Alors, nul ne sait si l'électeur continuera, selon le mot de Le Pen, de préférer "l'original à la copie", autrement dit si ces multiples gestes de la droite dite "républicaine" destinés à conquérir, ou à reconquérir, l'électorat du Front National seront payants ou non pour elle. Mais ce qui est certain en revanche, c'est que tous ceux qui, en 2002, ont présenté cette droite comme un "rempart" contre Le Pen oubliaient que les hommes de l'extrême droite n'ont pas besoin d'être élus pour que leurs idées, ou une bonne partie de celles-ci, soient au pouvoir.

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