Première greffe partielle du visage : Une prouesse brillante dans une société qui l’est moins15/12/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/12/une1950.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Première greffe partielle du visage : Une prouesse brillante dans une société qui l’est moins

La jeune femme avait été gravement mutilée par son chien, qui lui avait arraché les lèvres, le menton, une partie du nez et des joues. Elle ne pouvait plus ni parler ni manger normalement, elle était défigurée au point de ne plus pouvoir se montrer, sauf couverte d'un masque. «C'est simplement extraordinaire de voir un nez et une bouche sur mon visage», a-t-elle déclaré après l'intervention qui lui a redonné l'espoir d'une vie presque normale, à visage découvert.

C'est vrai que des prouesses techniques ont été mises en oeuvre pour permettre cette première greffe partielle de visage. Les techniques de chirurgie et de microchirurgie ont permis de prélever le triangle du visage de la donneuse, puis de le greffer sur la receveuse en l'attachant aux os de la face, en suturant les vaisseaux sanguins, les nerfs, etc. Les connaissances en immunologie, elles, devraient permettre que ce nouveau visage ne soit pas rejeté par le système immunitaire de la receveuse.

Certes, rien n'est encore acquis. Le risque de rejet de greffe n'est pas écarté et la jeune femme va devoir subir pendant toute sa vie un traitement médicamenteux antirejet. Un risque d'infection subsiste. Et puis il va falloir que ses nerfs activent son nouveau visage, afin qu'il récupère sa mobilité. Ce n'est pas donné, mais c'est un espoir immense, non seulement pour la jeune femme greffée mais aussi pour tous ceux qui, défigurés par des brûlures graves, des accidents, des explosions, mènent une vie de reclus.

En revanche les discussions occasionnées par cette grande première médicale ramènent, elles, plutôt au passé. On entend beaucoup parler des problèmes psychologiques liés à l'acceptation du nouveau visage et, qui plus est, du visage d'une autre femme, décédée. Certes, ces problèmes existent. Mais face à ceux-ci, le dilemme posé entre vivre sans visage ou avec le visage d'un autre est vraiment vite réglé pour les individus concernés!

S'il est une dérive dans cette opération, ce sont les aspects médiatiques et mercantiles qui l'ont accompagnée. Pas tant parce que des reportages ont été faits. S'ils avaient eu pour objectif de faire comprendre et apprécier la prouesse, ils auraient eu une véritable valeur technique et informative. Mais ce n'est pas pour cela que patrons de presse et journalistes se sont précipités sur cette affaire mais pour transformer cet exploit chirurgical en un mélo pathétique et surtout... rémunérateur!

Ainsi, les plus grandes prouesses du génie humain sont invariablement plombées par une organisation sociale basée sur l'appât du fric.

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