Italie : Croisade contre le droit à l'avortement23/11/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/11/une1947.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : Croisade contre le droit à l'avortement

En juin dernier, les dirigeants de l'Église italienne avaient mis toutes leurs forces pour empêcher le succès du référendum remettant en cause la loi réactionnaire sur la fécondation assistée. Le quorum n'ayant pas été atteint, cette loi est demeurée. Aujourd'hui, l'Église et bon nombre de politiciens réactionnaires veulent passer à l'offensive, cette fois contre la loi autorisant l'avortement et aussi notamment contre la "pilule abortive" RU 486.

Cette pilule est toujours interdite en Italie mais dans plusieurs régions, les autorités sanitaires ont déposé des dossiers pour réaliser des tests. La Toscane a autorisé des hôpitaux à la prescrire sans l'autorisation du ministère. Francesco Storace, le ministre de la Santé du gouvernement Berlusconi, est monté au créneau contre cette incitation à l'avortement, au moment où, selon lui, "le projet de budget cherche à encourager les familles à avoir des enfants". L'Osservatore Romano, journal du Vatican lui a emboîté le pas pour stigmatiser cette "négation des valeurs de la vie"!

La loi sur l'avortement, elle aussi dans la ligne de mire de cette hystérie calotine et votée de justesse en 1978, est pourtant bien restrictive. Elle prévoit la possibilité d'avorter pendant les trois premiers mois, seulement en cas de menace pour la vie de la femme lors de la grossesse ou de l'accouchement, de risque avéré de malformations ou d'anomalies très graves pour l'enfant, susceptibles d'entraîner pour la femme un grave danger sur le plan physique ou psychique. De plus, dans la réalité, les réticences sont très fortes parmi le corps médical, notamment dans certaines régions, pour appliquer la loi, si modérée soit-elle. D'après un rapport parlementaire, 83% des gynécologues de la région Basilicate, au sud de l'Italie, et 80,5% en Vénétie refusent de pratiquer des IVG. Autant dire que la liberté de l'avortement n'existe pas et que les femmes n'ont plus qu'à aller à l'étranger, du moins lorsque leurs moyens le leur permettent. Mais, pour certains, c'est encore trop de liberté.

La dernière proposition du ministre de la Santé, s'appuyant sur une disposition de la loi sur l'IVG qui prévoyait la collaboration de "volontaires" dans les centres de planning familial, est d'autoriser l'installation, dans les centres de consultation, "d'une présence culturelle pluraliste", ce qui signifie en termes jésuitiques, de militants du "Laissez-les vivre" à l'italienne. Cela n'a pas échappé au cardinal Ruini, président de la Conférence épiscopale, qui se voit déjà envoyer ses ouailles militantes faire la morale dans les centres de consultation afin de "protéger la maternité".

Proposition grotesque, comme l'a déclaré un gynécologue de l'hôpital de Turin, défenseur de la pilule abortive et bien décidé à continuer dans cette voie, comme le sont sûrement beaucoup de femmes et d'hommes. Il leur faudra de la détermination et beaucoup d'acharnement pour faire reculer un pouvoir et une Église qui veulent continuer à imposer à toute la société un obscurantisme d'un autre âge.

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