Troubles musculo-squelettiques : Une maladie due au capitalisme17/11/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/11/une1946.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Troubles musculo-squelettiques : Une maladie due au capitalisme

Une douleur, une légère gêne en accomplissant un mouvement, ce sont souvent les premiers signes d'un trouble musculo-squelettique ou TMS, maladie des articulations provoquée par des gestes répétitifs. La gêne devient vite insupportable au quotidien pour ceux qui en souffrent, de plus en plus nombreux d'après les experts en santé publique qui, dans des enquêtes récentes, pointent du doigt les conditions de travail.

En 2003, près de 24000 troubles musculo-squelettiques ont été reconnus comme maladies professionnelles, ce qui représente 70% de l'ensemble de ces maladies. En 1992, il y en avait dix fois moins... Cette augmentation n'est pas due à une meilleure prise en charge de cette maladie, car les pressions des patrons sont toujours aussi fortes pour rejeter la responsabilité sur les travailleurs, en prétendant qu'ils effectuent mal les gestes, ou même que ces douleurs n'ont aucun rapport avec leur travail... Mais comme le déclare le professeur Roquelaure du service de médecine du travail d'Angers, si les chiffres explosent, c'est bien parce que "les contraintes dans le monde du travail ont beaucoup augmenté, avec des tâches répétitives à effectuer sur des cycles de plus en plus courts", comprenez: de plus en plus vite, sans presque de pause.

Et c'est effectivement le quotidien de millions de travailleurs et de travailleuses. Ainsi la faculté de Rennes a montré, dans une étude sur les caissières d'hypermarchés, qu'elles soulèvent près de 17 articles par minute pour la lecture du code-barres et manipulent ainsi plus de trois tonnes de marchandises au cours d'une journée de huit heures, à raison d'un client toutes les deux ou trois minutes. Autre exemple: dans l'automobile, au cours des vingt dernières années, le temps pour fabriquer une voiture a été divisé par quatre. Et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, partout où les travailleurs font des gestes répétitifs, comme dans l'industrie textile, l'agro-alimentaire (ateliers de découpe de viande par exemple) et même dans les services (travail sur ordinateur), les TMS apparaissent.

Ce sont bien les conditions de travail folles et inhumaines qui sont responsables des TMS, qui affectent en réalité bien plus de monde encore que les seuls 24000 travailleurs indemnisés en maladie professionnelle. Ainsi l'Institut de veille sanitaire, sur la base d'une enquête menée depuis 2002 dans les Pays-de-Loire avec 80 médecins du travail, avance le chiffre considérable de 15% de femmes et de 11% d'hommes présentant des TMS des seuls membres supérieurs. Les experts de la santé parlent même d'une "véritable épidémie" et "d'une bombe à retardement" pour les années à venir.

Les profits des capitalistes se font sur le dos et la santé des travailleurs, et c'est bien la soif des profits qui blesse et mutile. C'est sciemment que l'organisation du travail est conçue pour qu'aucune seconde ne soit "perdue" pour la production. Les Temps modernes de Charlot sont toujours d'actualité!

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