Grande distribution : Licenciements à tous les rayons03/11/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/11/une1944.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Grande distribution : Licenciements à tous les rayons

Le magasin Carrefour de Stains (Seine-Saint-Denis) vient de licencier Fawzi Benabdallah, vendeur au rayon hi-fi depuis dix ans. La faute qui lui est reprochée est inexistante, mais le vrai motif de ce licenciement est connu : Fawzi Benadballah a dénoncé dans la presse les méthodes particulières du directeur de ce grand magasin.

Ce dernier avait affiché les portraits de deux employés qu'il venait de licencier. Les affiches, mesurant un mètre carré, suspendues au dessus de la tête des autres employés, portaient le motif supposé des licenciements : " vol ". Pour l'un il s'agirait d'un vol de portable... pour lequel Carrefour n'a pas déposé plainte. Pour l'autre, de la consommation de trois macarons devant les caméras de surveillance. Mais c'est surtout la dénonciation publique, véritable mise au pilori, qui a révolté les autres employés et a suscité des témoignages et des manifestations de solidarité à Stains et aux alentours. Le directeur, s'il a finalement décroché ses affiches, a donc également licencié celui qui avait osé protester publiquement.

Le licenciement pour des fautes vénielles ou imaginaires semble être une méthode de gestion du personnel courante dans les grandes surfaces. Lundi 31 octobre, treize caissières citaient leur patron devant le tribunal de prud'hommes de Bordeaux : Auchan les a licenciées en les accusant d'avoir utilisé des bons d'achats réservés aux clients, pour des sommes allant de douze à quelques dizaines d'euros. L'an passé Leclerc avait licencié quatre caissières ayant utilisé des bons de réduction laissés par les clients.

Pour ces grandes surfaces la " gestion du personnel " cela consiste à obtenir de leurs employés qu'ils acceptent les horaires les plus variables possible, pour les salaires les plus bas possible. Il s'agit d'être là quand les clients sont là, en milieu et en fin de journée, les samedis, les jours fériés, même s'il faut fractionner son temps de travail, sacrifier son temps libre et être occupé à plein temps... alors qu'on ne fait (sur la feuille de paye) qu'un temps partiel. Ces travailleurs, très souvent des femmes, gagnent, à cause du temps partiel imposé, moins que le smic et travaillent sous une pression constante. C'est pour augmenter cette pression que les grands magasins ont une politique de licenciements individuels pour faute. Il s'agit souvent de ce que les patrons appellent des " vols ", ce qui, au licenciement sans indemnité rajoute l'humiliation.

Pour faire leur sale boulot, Auchan, Leclerc et autres Carrefour trouvent des gens qui, comme le directeur du Carrefour Stains, n'ont pas d'états d'âme pour humilier les travailleurs, les injurier et, évidemment, les jeter à la rue pour l'exemple.

Pourtant ce n'est pas à ces tristes sires que leurs crapuleries rapportent le plus. Ces trois groupes ont chacun un chiffre d'affaires tournant autour de 30 milliards d'euros et des bénéfices d'au moins 500 millions d'euros. Ce qui fait pas mal de macarons pour les familles Halley (actionnaire majoritaire de Carrefour), Mulliez (idem pour Auchan) et Leclerc.

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