Au PT brésilien : On prend les mêmes et on continue03/11/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/11/une1944.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Au PT brésilien : On prend les mêmes et on continue

Au Brésil, le Parti des Travailleurs (PT) vient de renouveler sa direction nationale. C'est qu'au cours des quatre mois écoulés, une bonne partie des dirigeants, dont plusieurs ministres de Lula, ont été impliqués dans des affaires de corruption et ont dû démissionner. Mais cette direction compromise n'a pas été désavouée, ce sont les mêmes, ou leurs fidèles, qui ont remporté l'élection.

Le président du parti était pour la première fois élu au suffrage direct. Celui qui était chargé depuis le 9 juillet d'assurer l'intérim du président démissionnaire était Tarso Genro. Réputé intègre, il refusa de poser sa candidature parce que José Dirceu, ancien chef de cabinet de Lula et considéré comme le maître d'oeuvre de tout le système de corruption, figurait sur la liste présentée par les majoritaires (la majorité sortante, représentant la droite du parti) et refusait de s'en retirer.

Du coup, la liste majoritaire fut menée par Ricardo Berzoini. En tant que ministre de la Sécurité sociale, il avait dirigé la " réforme " désastreuse de ce secteur et ensuite, en qualité de ministre du Travail, avait préparé la " réforme " qui vise à réduire les congés payés, à supprimer le treizième mois et à donner à l'appareil des centrales syndicales tout pouvoir sur les syndicats de base. Cela ne l'a pas empêché de parler de " refondation démocratique " du parti et d'évoquer son " indépendance " par rapport au gouvernement. Cette liste a obtenu 42% des voix au premier tour, le 18 septembre, et l'a emporté par 52% au second.

Ce succès du camp majoritaire est dû au fait qu'il tient bien en main l'appareil du parti. Le PT dit avoir 825000 militants. 315000 auraient participé au premier tour, 230000 au second. Mais dans bien des villes ou des quartiers, c'étaient les élus ou leurs employés qui allaient dans les rues remplir des camionnettes ou des cars de " militants ", les amenaient au bureau de vote, leur distribuaient des attestations de paiement de la cotisation annuelle et les faisaient voter. On était loin du militantisme bénévole et autonome des débuts du PT !

Autre raison, les divers candidats de l'opposition, se disant de la gauche du PT, ne proposaient pas une politique bien différente du camp majoritaire. Valter Pomar, leader d'une des tendances, " l'Articulation de gauche ", réclamait seulement un meilleur équilibre entre gauche et droite à l'intérieur de la direction nationale. Plinio de Arruda Sampaio, représentant le " secteur catholique de gauche ", reprenait le thème du gouvernement écartelé entre forces de droite et forces de gauche, qui explique la politique de droite du gouvernement... par le manque de pression de la part des travailleurs.

Raul Pont, le candidat qui a finalement représenté la gauche au second tour, a obtenu 48% des voix. Il prenait la défense du gouvernement en butte, disait-il, à des attaques des élites du pays. Comme si les milliardaires brésiliens, ou leurs collègues des États-Unis ou d'Europe, complotaient contre un gouvernement qui en fait plus à leur service que le gouvernement de droite précédent ! Pont est un vieux militant de " Démocratie Socialiste " (DS), le courant du PT qui est lié au Secrétariat Unifié de la IVeInternationale. Mais, comme son camarade Rosetto, ministre du Développement agraire, il refuse toute idée de rupture avec le PT.

Pourtant ce choix, de nombreux militants de DS l'ont fait, qui ont rejoint le Parti du Socialisme et de la Liberté (PSol) fondé par la sénatrice Héloisa Helena et les trois députés qui avaient été exclus du PT en décembre 2003 pour avoir voté contre la " réforme " des retraites. Dernièrement, quelques autres parlementaires, de DS ou d'autres courants, ont rejoint le PSol. C'est qu'un an avant de nouvelles élections, les élus brésiliens n'ont plus le droit de changer de parti (en 33 mois, plus de 200 députés brésiliens l'ont déjà fait, sur 500). Il semble d'ailleurs que de nombreux militants du PT quittent le parti et s'inscrivent au PSol, qui représente à leurs yeux le " PT des origines ".

Ce PT-bis que veut être le PSol aura-t-il le même succès que son modèle ? Résistera-t-il mieux que lui aux sirènes du capitalisme et de la corruption ? Il ne semble pas préparer autre chose que les élections générales d'octobre 2006 ni avoir d'autres perspectives que la voie parlementaire. Mais pour se défendre contre les " réformes " aujourd'hui, ensuite pour préparer un autre avenir que celui que lui réservent les bourgeois et les politiciens, PT compris, c'est d'un véritable parti de lutte de classe que les travailleurs brésiliens ont besoin.

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