Pologne : La situation de la classe ouvrière se dégrade08/09/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/09/une1936.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Pologne : La situation de la classe ouvrière se dégrade

La récente grève des travailleurs polonais, aux Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire, début août, a fait beaucoup discuter en Pologne.

Dans le cas des Chantiers de l'Atlantique, les électriciens polonais avaient été embauchés par une société polonaise, qui travaillait pour un sous-traitant français des Chantiers de l'Atlantique. Leur employeur polonais s'était ensuite déclaré en faillite. Seule leur protestation avait permis qu'ils puissent toucher une partie de leur dû. En Pologne, qui que ce soit peut créer une société dite «unipersonnelle», qui peut alors passer des «contrats de mission». Ce type de contrat est différent des contrats de travail classiques, qui sont encore encadrés un tant soit peu en Pologne par le Code du travail. Par contre, dans le cadre de ces «contrats de mission», horaires, salaires, tout est à la guise du patron.

Durant l'été, la presse polonaise a rapporté d'autres affaires similaires: à Orta Nova, dans les Pouilles en Italie, près d'une centaine de travailleurs ramassaient les tomates dans des conditions épouvantables. Ils habitaient dans des tentes, sans eau ni toilettes, près des champs, sous la surveillance de gardiens. Parmi les travailleurs, des Albanais, des Slovaques et plus de soixante-dix Polonais, embauchés par un homme d'affaires polono-italien. En Grande-Bretagne, dans les magasins de la chaîne Tesco, des manutentionnaires polonais se sont mis cet été en grève, afin de protester contre leur charge de travail.

Dans les journaux, les petites annonces proposant une embauche consacrent deux fois plus de place à des propositions de travail à l'étranger qu'à des propositions pour la Pologne. Les salaires ne sont jamais mentionnés, et tous les métiers sont offerts, depuis manutentionnaire, femme de ménage, jusqu'à infirmière, vétérinaire, stomatologue... Ainsi, des conducteurs de bus en Grande-Bretagne sont recrutés en Pologne de cette façon.

430000 travailleurs polonais travailleraient officiellement de la sorte à l'étranger, sans compter plusieurs centaines de milliers d'«illégaux». Pour beaucoup de jeunes, cette émigration-là apparaît comme la seule solution, ne serait-ce que pour pouvoir se payer une petite chambre pour vivre avec leur compagne...

Car en Pologne, c'est pire. Les mêmes sociétés, qui embauchent sans respecter le Code du travail, y exercent leurs ravages. Elles se sont multipliées sous la dénomination «agences de travail». Elles proposent aux entreprises non seulement des services de nettoyage, comme cela se faisait auparavant, mais aussi des travailleurs de tous les métiers. Du coup, dans les entreprises, les salariés sous le régime du Code du travail sont de moins en moins nombreux. Le minimum salarial légal de 840 zlotys -environ 210 euros, et il faut enlever 20% pour arriver à la somme nette- n'est pas respecté par les employeurs, qui font travailler bien en dessous de ce tarif. Les heures supplémentaires non payées sont monnaie courante et les salaires payés en retard deviennent fréquents.

Dans ce contexte, des pressions semblables s'exercent aussi contre les salariés du secteur public: ainsi les enseignants du second degré, qui travaillaient jusqu'alors 18 heures par semaine, se sont vu imposer lors de la dernière année scolaire quatre heures de travail supplémentaires par semaine, non payées, destinées selon le ministère de l'Éducation à offrir aux élèves des heures de «consultation» avec leurs enseignants.

Les grandes entreprises profitent, elles aussi, de cette situation. Ainsi France Télécom s'apprête à réduire encore une fois le personnel de l'opérateur polonais TPSA qu'il possède. Le trust Pernod-Ricard, qui a acheté la firme Wodka Wyborowa, annonce qu'il a, pour son usine de Poznan, un projet de fermeture ou de licenciement de la moitié du personnel, et annonce qu'il va diminuer les salaires du personnel restant de 30%.

C'est cette réalité que dénonçaient les manifestants venus le 14 juillet devant l'ambassade de France à Varsovie, affirmant dans leurs slogans que «plus de deux siècles après la Révolution Française, il y avait encore bien des Bastilles à faire tomber».

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