Logements insalubres à Paris : La passivité coupable de la mairie01/09/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/09/une1935.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Logements insalubres à Paris : La passivité coupable de la mairie

Après le nouvel incendie meurtrier de l'immeuble du IIIe arrondissement de Paris, Jean-Yves Mano, adjoint au logement à la mairie de Paris, a fait des déclarations dans lesquelles il tentait de dégager la mairie de Paris de ses responsabilités dans les drames qui viennent de survenir. Pourtant, il a dû reconnaître que, à ce jour, sur Paris même, «mille immeubles ont été recensés comme insalubres, la moitié d'entre eux avec une insalubrité extrêmement sérieuse, et 500 immeubles que nous souhaitons pouvoir sortir de l'insalubrité».

Il s'agit d'immeubles nécessitant des travaux importants à réaliser pour répondre aux conditions de confort et d'hygiène élémentaires. Mais ni plus importants ni plus onéreux que tous les chantiers et travaux que les socialistes ont entrepris dans Paris depuis mars 2001, date à laquelle Delanoë a succédé à Tiberi à la tête de la mairie de Paris. En l'espace de quatre ans, rien n'a été fait pour que disparaissent les logements insalubres: selon l'association Droit au Logement, il y avait 700 immeubles définis comme insalubres en novembre 2001 alors qu'aujourd'hui, selon les chiffres de Mano, il y en a encore plus!

En fait, comme Chirac et Tiberi avant Delanoë, comme le gouvernement Jospin avant celui de Villepin, le logement des plus pauvres dans la capitale est le cadet des soucis des politiciens. En janvier 2002, Marie-Noëlle Lienemann, à l'époque ministre socialiste du Logement dans le gouvernement Jospin, se félicitait des dispositions du «Plan d'éradication de l'habitat indigne» qu'elle avait inauguré peu de mois auparavant. Elle venait de compléter ledit plan par un décret faisant obligation aux propriétaires d'immeubles insalubres de réaliser les travaux nécessaires à la mise en conformité du logement sur le plan de la sécurité physique des occupants. Le décret est resté lettre morte. En revanche, une loi plus ancienne, de juillet 1970, autorisant l'État à exproprier les immeubles considérés comme insalubres (avec versement d'indemnités aux propriétaires privés) continue d'être utilisée pour expulser des familles occupantes... sans aucune obligation légale de les reloger sur-le-champ mais seulement de mentionner «les offres de relogement faites aux occupants». Et cette loi-là, les socialistes au gouvernement n'y ont rien changé.

L'hypocrisie des occupants actuels de l'Hôtel de Ville de Paris n'a rien à envier à celle de leurs prédécesseurs. Ces derniers, par la bouche de Claude Goasguen, président du groupe UMP au Conseil municipal de Paris, osent prétendre qu'ils n'y sont pour rien et clament: «En quatre ans, ils n'ont rien fait». La majorité actuelle rétorque que tout est de la faute de la droite qui en vingt-quatre ans, de 1977 à 2001, n'a pas levé le petit doigt pour résoudre ce problème. Les uns et les autres ont raison en un sens, rien n'a effectivement été fait... et sont, devant les morts qui s'accumulent, aussi indécents que méprisables de tenir de tels propos pour se dédouaner de leurs propres responsabilités.

Le logement est pourtant plus qu'une priorité, une véritable urgence pour de nombreuses familles vivant dans des taudis innommables, dans une capitale qui prétendait accueillir brillamment les Jeux Olympiques. Mais exproprier ceux qui font leur beurre avec ces galetas, démolir, reconstruire, restaurer de fond en comble, voilà ce qu'il est impossible d'attendre des politiciens de gauche comme de droite qui disposent ou disposaient du pouvoir de décision que confère la possession de la mairie de Paris.

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