Rainbow Warrior : Quand Mitterrand jouait les terroristes15/07/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/07/une1928.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Rainbow Warrior : Quand Mitterrand jouait les terroristes

Il y a 20 ans, le 10 juillet 1985, avait lieu en Nouvelle-Zélande le sabotage du navire de l'organisation écologiste Greenpeace, le Rainbow Warrior, entraînant la mort de l'un de ses passagers. En fait il s'agissait d'une opération de la DGSE -les services secrets français- qui, parce qu'elle fut un fiasco, fut connue du grand public et aboutit à la démission du ministre socialiste de la Défense de l'époque, Charles Hernu.

Le mouvement Greenpeace voulait gêner la campagne d'essais nucléaires français prévue à Mururoa dans le Pacifique. Il n'en fallut pas plus pour que les services secrets français décident de couler son bateau à coup d'explosifs dans le port d'Auckland, entraînant la mort de l'un des occupants. Manque de chance pour la DGSE, deux agents français, les «faux époux Turenge», furent arrêtés, démasqués et inculpés de meurtre en Nouvelle-Zélande, encourant une peine de prison à perpétuité. C'est ainsi que l'implication des services secrets français commença à apparaître, malgré les dénégations du ministre Hernu et pendant que Mitterrand faisait mine de demander des comptes à son Premier ministre Fabius.

Cette misérable affaire se conclut par la démission forcée du ministre Hernu et du directeur de la DGSE, l'amiral Lacoste. Quant aux deux «faux époux Turenge» mais vrais barbouzes, condamnés à dix ans de prison pour homicide, ils ne purgèrent qu'un an de prison en Nouvelle-Zélande avant d'être transférés sur une base française après «arbitrage international». Ils rentrèrent en France un ou deux ans plus tard.

Le quotidien Le Monde vient de révéler le rapport du directeur de la DGSE de 1986, jusque-là tenu secret, qui affirme avoir explicitement demandé l'accord du président Mitterrand pour cette opération. Celui-ci le lui aurait donné en rappelant l'importance qu'il accordait à la tenue des essais nucléaires. Cela confirmerait que le sommet de l'État était bien impliqué dans cet acte terroriste et que les gesticulations de Mitterrand n'étaient que mensonges et hypocrisies.

«On n'aurait jamais imaginé qu'un gouvernement démocratique se permette d'agir comme des terroristes», a déclaré une militante de Greenpeace présente sur le bateau peu de temps avant l'explosion. Mais si cette affaire montre la brutalité et le manque de scrupules avec lesquels l'État peut réagir contre des opposants qui le gênent, elle n'est encore qu'un petit exemple de tous les coups tordus dont il est capable pour défendre ses intérêts ou celui des capitalistes français.

De l'affaire Ben Barka au soutien des pires dictatures d'Afrique ou d'Asie, en passant par l'entretien de «guerres civiles» pour déstabiliser des régimes qui lui déplaisent, l'État français -et les autres- peuvent utiliser tous les moyens pour arriver à leurs fins. Pour cela, ils forment et entretiennent des hommes de main capables de manier armes et explosifs au besoin en tout point du globe. Les dirigeants politiques, eux, servent de vitrine démocratique et éventuellement de fusible, comme ce fut le cas d'Hernu.

Ce n'est qu'après coup, lorsque de telles affaires remontent à la surface, au détour d'une bavure ou de l'ouverture d'archives vingt ou cinquante ans plus tard, que l'on peut se rendre compte des pratiques de l'armée et des services secrets. Mais cela laisse imaginer ce qu'il en est, le reste du temps, lorsqu'ils mènent leurs basses besognes à l'abri des regards d'une population mise de toute façon hors d'état d'exercer sur eux le moindre contrôle.

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