Déception aux JO de distribution de fonds publics : Delanoë deuxième15/07/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/07/une1928.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Déception aux JO de distribution de fonds publics : Delanoë deuxième

Bertrand Delanoë, le maire de Paris, accuse Tony Blair, le Premier ministre britannique, d'avoir influencé les membres du Comité olympique afin d'obtenir que les Jeux de 2012 soient organisés à Londres. C'est pourtant très exactement ce qu'il a lui-même essayé de faire, sans succès il est vrai, aidé en cela par toute la presse et une pléiade de sportifs, de grands patrons, de politiciens. Même Chirac a fait le déplacement et on suppose que des messes ont été dites pour que les Jeux échoient à Paris, car il y allait, paraît-il, de l'intérêt national si ce n'est de l'honneur du pays et de sa santé morale. Certains disaient même que le «oui» à Paris du Comité olympique allait permettre de laver le «non» au référendum sur la Constitution européenne.

La réalité était plus prosaïque: Delanoë et ses amis ont laissé échapper 6,75 milliards d'euros de budget (prévisionnel), dont deux pour le fonctionnement et le reste pour les infrastructures. Cela constituait un gâteau suffisamment alléchant pour que des sociétés qui n'ont rien à voir a priori avec le sport et les «grandes fêtes populaires» (Lagardère, LVMH, France Télécom, Renault, etc.) investissent chacune 1,5 millions d'euros pour parrainer la candidature de Paris. C'est qu'il ne s'agissait pas ici, si Paris était choisi, d'éventuelles retombées économiques ou de futurs emplois, mais de contrats fermes (bâtiments, ponts et chaussées, transports, télécommunications...), payés rubis sur l'ongle par l'État et les collectivités locales.

La population était donc d'autant plus appelée à soutenir la candidature de Paris que, pour elle, la note risquait d'être salée. Ainsi, à Barcelone, les impôts locaux ont été majorés depuis les Jeux de 1992 et jusqu'à 2009; la ville de Montréal finit cette année de payer les Jeux de 1996; les jeux d'Athènes, en 2004, ont coûté dix milliards d'euros (au lieu des cinq initialement prévus), financés à 80% par l'État grec.

Bien entendu, comme rien ne se fait sans travail, l'organisation des Jeux représente forcément un certain nombre d'emplois sans qu'on sache réellement combien et pour combien de temps. Les chiffres avancés par les promoteurs de Paris 2012 tenaient plus de la propagande que de la prévision. La ville d'Atlanta, organisatrice des Jeux de 1996, est aujourd'hui encore incapable d'estimer le nombre d'emplois créés ou induits à cette occasion. De plus les organisateurs des Jeux préfèrent compter sur «l'enthousiasme populaire» qu'ils contribuent à susciter... et qui représente autant d'emplois créés en moins. Il y avait ainsi 100000 bénévoles pour les Jeux d'Athènes. En revanche l'enthousiasme de Luc Besson, qui a réalisé le court métrage publicitaire Paris 2012 a été, lui, facturé six millions d'euros.

La Mairie de Paris, le Conseil régional d'Île-de-France et le gouvernement disent maintenant qu'il faut remiser la plus grande partie des équipements programmés. Une semaine auparavant, ils affirmaient que ces équipements, s'ils étaient construits et financés à l'occasion des Jeux, serviraient ensuite à toute la population. C'est même comme cela qu'ils voulaient justifier les énormes dépenses occasionnées par ces chantiers. Le village olympique prévu pour héberger les athlètes devait être reconverti, entre autres, en logements sociaux. Maintenant les athlètes iront à Londres et les mal logés d'Île-de-France, s'ils comptaient sur les Jeux, n'ont plus qu'à attendre les suivants. Les Jeux devaient aussi avoir pour vertu d'accélérer et d'étendre la construction du tramway autour de Paris. Eh bien, les Parisiens attendront dans les embouteillages que d'autres crédits soient débloqués.

En fait, cette comédie autour des Jeux Olympiques n'est qu'une des mille et une manières d'orienter l'argent public vers les entreprises privées. Dans ce monde il est possible d'ouvrir et de terminer rapidement des chantiers si quelques grands groupes peuvent en retirer un profit immédiat et garanti. Cela devient beaucoup plus compliqué et surtout plus long lorsque cela ne concerne «que» les besoins de la population, qu'il s'agisse de logements, de transports ou d'équipements sportifs.

Les promoteurs de Paris 2012, de Delanoë à Lagardère, nous ont rebattu les oreilles avec une prétendue «aventure collective» qui ne concernait, comme toujours pour ces gens-là, que ceux qui peuvent en espérer un profit conséquent et rapide.

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