SNCF Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) : On ne veut pas laisser faire !10/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1923.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

SNCF Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) : On ne veut pas laisser faire !

Situés près de Rouen, les ateliers SNCF de Quatre-Mares, spécialisés dans la réparation de locomotives diesel, mais aussi de pièces détachées et d'essieux, ont un effectif qui diminue au fil des années. Il est passé cette année en dessous de 800 travailleurs.

Au fil des années les travailleurs de Quatre-Mares ont régulièrement réagi aux attaques de la direction. Il y a eu de multiples conflits locaux. Par ailleurs les pourcentages de grévistes pour les journées d'action sont importants: entre 70 et 80%. Mais nombre de cheminots pensent de plus en plus que ces journées sans lendemain sont inefficaces. Le jeudi 2 juin le nombre de grévistes n'a été que de 61% et beaucoup s'étaient mis en congé ou en repos. Dans les assemblées générales, des cheminots ont exprimé leur incompréhension sur la tactique des syndicats, sur la répétition de journées sans lendemain, surtout à un moment où la direction amplifie ses plans de restructuration.

Des effectifs en baisse

À Quatre-Mares, la direction bloque les autorisations d'embauches et les conditions de travail se dégradent de mois en mois. Ceux qui font des demandes de mutation pour d'autres établissements doivent attendre des mois ou des années, la direction affirmant qu'elle ne peut les remplacer. Par contre lorsqu'elle supprime des postes dans les équipes, elle ne se gêne pas pour les envoyer ailleurs (volontaires ou pas). On a même vu certains d'entre nous obligés d'aller démarcher eux-mêmes un poste dans d'autres équipes...

La charge de travail reste importante puisque la direction fait de plus en plus de pressions pour que certaines équipes fassent des heures supplémentaires. Elle essaye aussi d'imposer le travail en équipe en 2x8 pour certains, et supprime même pour d'autres au dernier moment un repos programmé (le vendredi après l'Ascension) sous prétexte de travail en retard. La direction profite des bas salaires pour introduire cette flexibilité que la grande majorité des cheminots refusent.

L'argument de la direction: "la concurrence"

Depuis deux ans, la direction met la gomme pour faire passer son message de propagande. À toutes les réunions avec les délégués ou avec la maîtrise, elle rabâche qu'il faut faire des gains de productivité (5% par an). Elle fait du chantage: "Si vous n'acceptez pas, le travail partira dans d'autres ateliers, la conflictualité est trop importante à Quatre-Mares, la direction de Paris regarde les résultats, il faut rattraper les retards de production", etc.

Le service communication est lui aussi appelé à la rescousse. Nous n'avons jamais reçu autant de notes de service, de journaux de propagande en tout genre pour nous inciter à travailler plus et accepter la flexibilité...

Sous-traitanceà Quatre-Mares

La direction nationale a décidé de jeter à la ferraille des centaines de locomotives diesel. À Quatre-Mares elle a commencé à en détruire quelques-unes. Elle a fait appel à l'entreprise Socorail, qui a elle-même sous-traité à une entreprise de ferraillage utilisant des travailleurs roumains. Le travail a commencé au grand air (si l'on peut dire), dans des conditions inadmissibles, en plein hiver, sans sécurité ni protections, alors que ces locomotives contiennent de l'amiante et d'autres produits toxiques et dangereux. Un matin, alors qu'un incendie s'était déclenché, ces travailleurs avaient l'ordre de continuer le travail. Ce sont les pompiers arrivés sur les lieux qui les ont évacués...

Mais le scandale ne s'est pas arrêté puisqu'un jour on a vu arriver des camions semi-remorques et une énorme grue. L'entreprise de ferraillage a récupéré deux bogies de locomotive, sans doute pour les revendre à une compagnie de transport ferroviaire... Et cela au mépris de tous les règlements de sécurité.

Interpellée par des syndicalistes, la direction de Quatre-Mares, très gênée aux entournures, a désavoué ce comportement et a envoyé des lettres recommandées à l'entreprise de ferraillage pour lui interdire de réutiliser ces pièces de sécurité. Nous n'en savons pas plus à ce jour, ce qui n'est pas rassurant.

Quand la SNCF utilise les compétences...

Il y a quinze jours nous avons appris la visite du nouveau directeur du Matériel de la SNCF, l'ancien PDG de l'entreprise Valéo. Des délégués ont organisé un rassemblement devant les bureaux de la direction en confectionnant une affiche parlant du "fossoyeur de Valéo". Le directeur de Quatre-Mares n'a pas apprécié et a voulu court-circuiter le rassemblement en proposant une rencontre avec les syndicats. Mais le rassemblement a bien eu lieu. Plus de deux cents cheminots sont venus lui dire ce qu'ils pensaient de la politique de la SNCF. Interpellé sur la casse de Valéo, il a répondu que l'entreprise Valéo se portait mieux après son passage dans cette entreprise... Ça promet!

On s'intéresse (un peu trop ) à notre santé

On trouve parfois des choses "intéressantes" dans les poubelles de la direction. Dernièrement un cheminot a découvert une note interne sur un "plan action absentéisme". Ce plan a pour but avoué de "faire baisser d'un point (un jour) le nombre de jours d'absence liée à la maladie".

La direction propose toute une série de mesures pour inciter les cheminots à ne plus tomber malades. Elle veut appliquer plus sévèrement les retenues sur solde, sanctionner de demandes d'explication ceux qui n'envoient pas leur arrêt-maladie immédiatement, mobiliser l'encadrement contre les "récidivistes", multiplier les contrôles à domicile...

Mais la cerise sur le gâteau, c'est qu'elle demande maintenant aux chefs d'atelier de convoquer les malades le jour de leur retour au travail. Iront-ils jusqu'à nous ausculter et nous prendre la température? C'est trop d'attention.

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