Le gouvernement et l'emploi : "Des signes forts" attendus... en faveur du patronat10/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1923.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le gouvernement et l'emploi : "Des signes forts" attendus... en faveur du patronat

Depuis le 30 mai, les porte-parole du patronat répètent sur tous les tons que le gouvernement doit "répondre à l'inquiétude des Français sur l'emploi" en réduisant encore les quelques droits dont peuvent se prévaloir les salariés et l'octroi de nouveaux avantages pour les employeurs. Quant aux représentants de la droite, dans l'attente des déclarations de Villepin, non seulement ils accusent réception du message mais ils multiplient les déclarations sur le sujet en vue de plaire à leur électorat, les petits patrons, artisans et commerçants, qui sont nombreux et surtout électoralement importants.

Un patronat qui affiche ses attentes

Seillière, le président du Medef, a donné le ton le 1erjuin. Avec la plus totale ingratitude pour tout ce que le gouvernement a fait en faveur du patronat, il a reproché au gouvernement Raffarin d'avoir été "un gouvernement qui, s'agissant de l'organisation sociale du pays, a fait preuve d'immobilisme". Et d'avancer ses revendications: "assouplissement du code du travail", avec comme exemple la suppression demandée de la contribution Delalande, taxe que doivent payer les employeurs qui licencient des salariés de plus 55 ans sans leur proposer une préretraite. Seillière réclame de pouvoir licencier ces salariés comme n'importe quels autres. On imagine aisément les conséquences de la suppression de cet obstacle financier aux licenciements de ces travailleurs, alors que les plus de cinquante ans sont parmi les plus visés des plans de licenciements.

Même si Seillière, parlant pour le grand patronat, a été plus vague à la sortie de son entrevue avec Villepin le 6 juin, en demandant cette fois "des mesures simples et précises pour améliorer la fluidité du travail", son collègue représentant des "petites et moyennes entreprises", le président de la CGPME, a été plus direct. Au sortir de son entrevue avec Villepin, il a déclaré: "25% des jeunes n'ont pas de travail actuellement. Est-ce qu'ils cherchent de la sécurité? Pas du tout. Ils cherchent de l'emploi, et après on leur amènera de la sécurité, de la garantie au bout de quelques années peut-être." Il a réclamé "une nouvelle forme de contrat de travail, plus souple, qui permette d'embaucher mais, a-t-il ajouté, également de débaucher plus facilement." Sur cette lancée il a déclaré, à propos des CDD: "Pourquoi ne pas les renouveler deux, trois ou quatre fois?" Réclamant la mise de côté du code du travail pour "sauver la France, l'emploi, l'entreprise et l'économie générale de notre pays." Rien de moins!

Des hommes de droite soucieux de plaire à leur public

Villepin et Sarkozy ne sont pas opposés à ces demandes, laissant cependant à d'autres représentants de la droite le soin de préparer le terrain. Patrick Ollier, le président UMP de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, a préconisé "de toiletter le code du travail" pour "l'adapter aux réalités économiques et sociales". "Nous avons des procédures d'embauches et de licenciements trop lourdes et trop complexes", et de dénoncer "la sacralisation des CDI". Il propose, lui aussi, de rendre moins coûteux les licenciements des plus de 55ans et le remplacement du contrat de travail par le "chèque emploi-entreprise", à l'image du "chèque emploi-service" en place pour les emplois à domicile, pour les toutes petites entreprises. Tout cela pouvant être accompagné d'aides nouvelles en matière d'allégements des charges sociales, voire de dégrèvements ou de remboursements d'impôts. Voilà ce que les patrons appellent "les signes forts" qu'ils attendent de Villepin et de son gouvernement.

Ce n'est pas cela qui va enrayer la montée du chômage

Chacun sait qu'aider le patronat à licencier... pour l'encourager à embaucher... à Pâques ou à la Trinité est une supercherie. Cela fait des années que tous les gouvernements l'utilisent. Il y a quelques mois, le gouvernement Raffarin a fait disparaître une bonne part de ce qui existait encore comme protection juridique contre les licenciements économiques, sans que cela n'entraîne le moindre mouvement d'embauche.

Il y a bien longtemps que, face aux quelque deux cent mille licenciements officiellement classés comme licenciements économiques, il y a un nombre bien plus grand de licenciements qui se font sans entrave ni procédure, puisqu'il s'agit d'emplois en CDD ou en intérim.

C'est cela la réalité d'aujourd'hui. Mais ce que réclame le patronat grand et petit, c'est de pouvoir agir en toute liberté, sans avoir de compte à rendre, ne serait-ce que devant les Prud'hommes. Ils veulent abolir toutes les contraintes et faire ce qu'ils veulent avec leurs salariés: les prendre pour des salaires les plus bas possibles, les faire travailler dans n'importe quelles conditions sans limites d'horaires, et pouvoir les jeter à la rue quand bon leur semble. C'est cela la "société de liberté", c'est-à-dire le paradis patronal dont ils rêvent. Mais avant qu'on en arrive là, ils ont un problème à surmonter: la résistance des salariés, pas forcément prêts à subir. Car la classe ouvrière, comme elle a su le faire à travers son histoire, pourrait bousculer les plans de tous ces profiteurs et leurs valets gouvernementaux. Collectivement les travailleurs ont la force de s'opposer à ces nouvelles tentatives de réduire encore leurs droits.

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