Chômage : Et le "modèle français" ?10/06/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/06/une1923.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Chômage : Et le "modèle français" ?

Plus que la réalité du chômage, tous les gouvernements depuis une vingtaine d'années ont essayé d'en réduire les chiffres dans les statistiques, cela par tous les moyens, dont une dégradation continue du régime d'indemnisation des chômeurs.

C'est notamment ainsi, alors que les licenciements ne cessent pas, que les chiffres officiels du nombre de chômeurs semblent bloqués au niveau de trois millions depuis 1993. Mais à quel prix!

En 1995, le gouvernement d'alors avait décidé de faire sortir des statistiques tous les demandeurs d'emploi ayant travaillé au moins 78 heures dans le mois. Peu importait que ce soit en intérim, en CDD, à temps partiel et que cela ne permette pas d'en vivre: on n'était plus considéré comme chômeur.

Mais le patronat et les gouvernants se sont surtout employés à réduire l'indemnisation du chômage, à la fois pour offrir aux employeurs une main-d'oeuvre qui, privée de tout, pourrait plus facilement accepter des salaires notoirement plus bas, mais aussi pour "dégraisser" les chiffres du chômage.

Les règles d'indemnisation souhaitées par le patronat et avalisées en 2003 par le gouvernement Raffarin ont, en réduisant de plusieurs mois la durée d'indemnisation, brutalement aggravé la situation d'un grand nombre de chômeurs. En 2004, 180000 d'entre eux ont ainsi vu cesser leur indemnisation. Pour 2005, l'Unedic estime qu'ils seront 600000 dans ce cas (856000 selon les associations de chômeurs). Il ne reste plus à ces derniers que l'ASS (allocation spécifique de solidarité), dont la durée a elle-même été réduite, ou le RMI.

À cela s'ajoute la pression accrue que le ministère du Travail demande à l'ANPE d'exercer sur les chômeurs. Car, en plus du pointage et des convocations (qui se soldent par des radiations temporaires quand on les manque), l'ANPE et le Service de contrôle de la recherche d'emploi (qui dépend de la Direction départementale du travail et de l'emploi) sont en droit d'exiger des chômeurs qu'ils apportent la preuve des efforts qu'ils font pour trouver du travail. Même si leur secteur est sinistré par les licenciements, il peut leur être reproché un manque de célérité à retrouver un emploi, ce qui peut être sanctionné par une radiation plus ou moins longue, voire définitive.

Et puis, il y a les centaines de milliers de sans-emploi sortis des statistiques pour des raisons d'âge. En 1999, alors que les plus de 55 ans étaient déjà dispensés de pointer, la ministre socialiste du Travail, Martine Aubry, avait décidé de faire disparaître des statistiques les sans-emploi de 50 à 55 ans. Cela rendait les chiffres du chômage plus présentables pour le gouvernement Jospin, mais pas plus supportable sa réalité pour les chômeurs. Le gouvernement Raffarin a poussé l'ignominie encore plus loin avec les sans-emploi les plus âgés: on ne leur donne pas plus les moyens de vivre décemment mais, pour les faire sortir des chiffres du chômage, on cherche par tous les moyens à les forcer à reprendre un travail, à n'importe quel salaire et même quand on sait que, usés prématurément, ils ne pourront pas tenir le poste.

C'est cela la réalité de la prétendue "lutte contre le chômage" et de ce "modèle social" auxquels, depuis au moins vingt ans et jusqu'à Villepin, le dernier en date, les gouvernants se disent tous, et pour cause, "très attachés"...

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