Clonage : Une avancée scientifique qui doit compter avec l'obscurantisme26/05/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/05/une1921.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Clonage : Une avancée scientifique qui doit compter avec l'obscurantisme

Le 20 mai dernier, on apprenait qu'une équipe de recherche sud-coréenne avait réussi à cloner des embryons humains et ainsi à obtenir des lignées de cellules souches embryonnaires. Si George Bush, en apôtre de ce que l'Amérique compte d'électeurs les plus rétrogrades, s'est élevé contre "une science qui détruit la vie pour sauver des vies", en revanche, des scientifiques, spécialistes de maladies génétiques ou dégénératives, ont applaudi à la prouesse technique et se sont réjouis des perspectives ouvertes en matière de traitements et d'approfondissement des connaissances.

Pour fabriquer ces embryons, les chercheurs sont partis d'ovules prélevés chez des femmes donneuses volontaires. Ils ont retiré le noyau de ces ovules qu'ils ont remplacé par le noyau de cellules de peau obtenues chez des malades. Habituellement, dans l'organisme, un tel noyau de cellule de peau ne sait pas faire autre chose que de la peau, il est spécialisé dans cette tâche. Là, introduit dans un ovule débarrassé de son propre noyau, il s'est reprogrammé, a en quelque sorte réappris à tout faire, se comportant exactement comme le noyau issu de la fécondation d'un ovule par un spermatozoïde. Et la cellule s'est divisée en deux, puis quatre, huit, seize cellules etc... c'est-à-dire en ce que les spécialistes appellent un "embryon".

C'est cette technique qui, il y a une dizaine d'années, avait permis de faire naître Dolly, la brebis clonée. Mais là, il n'était pas question de faire se développer l'embryon jusqu'à ce qu'il devienne un foetus puis un bébé, ce qui serait une absurdité. Non, les embryons créés par les chercheurs sud-coréens mesurent quelques dixièmes de millimètres, ils sont constitués d'une centaine de cellules au maximum. Contrairement à ce que proclament les obscurantistes, ils ne "détruisent" aucune vie puisqu'ils ne sont, très prosaïquement, que le résultat de la division d'un simple ovule reprogrammé par un noyau de cellule de peau!

Par contre, ces embryons sont riches de perspectives scientifiques. Ils sont constitués de cellules qui ne sont pas encore spécialisées, de "cellules souches embryonnaires", qui peuvent potentiellement devenir n'importe quel type de cellule, cardiaque, nerveuse, musculaire, etc. On imagine dès lors les avancées thérapeutiques auxquelles elles peuvent conduire, par exemple à la greffe, non pas d'un organe mais des cellules de cet organe. D'autant qu'un tel embryon possède exactement le même programme génétique que celui du patient qui a donné une cellule de peau pour qu'on en extraie le noyau. Donc, il n'y aurait alors plus de rejet immunitaire puisque celui-ci ne se déclenche que lorsque les cellules greffées présentent un programme génétique différent de celui du receveur.

Et il est bien d'autres applications. Les embryons qui viennent d'être obtenus l'ont été à partir de cellules prélevées sur des malades souffrant d'une forme de diabète pour certains et d'une maladie génétique pour d'autres. Là aussi, on imagine les possibilités qui s'ouvrent pour les chercheurs. Ils ont ainsi accès à des cellules qui portent les défauts génétiques qui contribuent au développement de ces maladies et il leur est alors possible d'explorer les mécanismes à l'oeuvre dans le développement de ces maladies, avec des moyens bien supérieurs à ceux qu'ils possèdent déjà. Au-delà des espoirs de la thérapie cellulaire, le clonage offre donc une ouverture nouvelle vers la connaissance des maladies génétiques au niveau le plus précis, au niveau cellulaire. Et puis, il y a aussi toutes les perspectives de recherche fondamentale, sur les mécanismes qui font qu'à un moment, dans l'embryon, des cellules se spécialisent au point de devenir des cellules nerveuses alors que d'autres deviennent des cellules spécialisées dans la fonction hépatique.

Rien ne dit que tous ces projets de recherche aboutiront à des résultats spectaculaires mais, pour le savoir, encore faudrait-il pouvoir les mener. Sauf que, dans bon nombre des pays qui ont les moyens de financer de telles recherches, la législation l'interdit. En France, par exemple, sous la pression des forces rétrogrades, la loi de bioéthique publiée en août dernier interdit expressément tout travail sur le clonage et sur les cellules souches embryonnaires obtenues à partir d'un embryon cloné -même celles, par exemple, qui ont été présentées par l'équipe sud-coréenne la semaine dernière et ont soulevé tant d'enthousiasme de par le monde. Sous le prétexte que de tels embryons créés par transfert d'un noyau dans un ovule pourraient être utilisés à des fins de clonage reproductif, c'est-à-dire pour cloner des humains, ce sont toutes les recherches sur le clonage qui sont interdites et considérées comme un délit passible de sept années d'emprisonnement et de 100000 euros d'amende.

À l'époque où l'intelligence permettrait des avancées considérables dans la connaissance, les législations édictées sous le poids des forces rétrogrades d'un autre âge lui rognent les ailes.

Partager