Loi postale : Pression aggravée sur les emplois et voie ouverte à la privatisation20/05/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/05/une1920.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Loi postale : Pression aggravée sur les emplois et voie ouverte à la privatisation

Jeudi 12 mai a été adopté le texte final de ce que le gouvernement a appelé pompeusement «loi sur la régulation des activités postales». Le Sénat, avec l'accord du gouvernement et de l'Assemblée nationale, a réussi à faire entériner, dans un projet déjà totalement rétrograde, un amendement qui tend à aggraver encore la situation de l'emploi. Il s'agit de lever tous les obstacles pouvant encore exister au remplacement de personnel fonctionnaire par des contractuels de droit privé.

Sur ce seul domaine, il y a déjà plus de 100000 contractuels, pour un effectif total dépassant 300000 employés. D'ici 2009, c'est environ un tiers du personnel qui doit partir à la retraite. D'ici peu, à La Poste, l'emploi sous statut de la fonction publique sera devenu résiduel, du fait de la précarisation accrue de tous les emplois. Ce volet emploi, comme tout le reste de cette loi, a pour but de rentabiliser le plus possible l'ensemble de La Poste, sur le dos du personnel, dans la perspective d'une privatisation et de la rétrocession des parties les plus profitables à des actionnaires privés. Et tant pis pour le personnel, et tant pis pour les usagers.

Car, au-delà du personnel, qui va voir s'aggraver ses conditions de travail et d'emploi, ce sont des millions de personnes qui vont payer les frais de cette politique de rapine du gouvernement.

Des milliers de bureaux de poste vont être fermés pour être remplacés par des «contacts» avec La Poste à 5 kilomètres au plus. Ces «contacts» pouvant être des épiceries, des boulangeries, etc. Comme cela s'est fait en Suède, avec la suppression de dizaines de milliers d'emplois et une population laissée pour compte.

La distribution va être presque totalement ouverte au privé. La Poste cache à peine ses intentions de donner encore plus qu'aujourd'hui, et ce n'est pas peu dire, la priorité au courrier des entreprises. La création de filiales de droit privé, comme La Poste en a déjà créé, pourrait ainsi se développer sans entraves.

Quant à la création d'une banque postale pour reprendre en compte les activités financières de La Poste, outre le fait que cela va faciliter la privatisation par pans entiers de l'ancien service public, les employés ont bien conscience que derrière cela se profile l'abandon de tout ce que les dirigeants considéreront comme non rentable. Or l'essentiel des opérations financières à La Poste est fait par des petites gens qui ont des moyens modestes. Souvent même ils sont à La Poste parce que les banques privées ne voudraient pas d'eux. Et jusqu'ici, en plus, La Poste avait un réseau de proximité, avec 17000 bureaux ouverts six jours sur sept, et jusqu'à 19 heures dans les villes. Si elle devient une banque comme les autres, comme elle le revendique, chacun sait donc que cela se fera au détriment des millions d'usagers qui se rendent à La Poste pour une opération, dont beaucoup pour une opération financière.

Il n'y aucune raison de se résigner, au nom d'un prétendu modernisme qui ressemble furieusement à une marche en arrière, de voir un tel service, de proximité par la nature même de ses activités, taillé en pièces. Et tout cela simplement pour satisfaire l'appétit d'une poignée de riches actionnaires qui lorgnent sur les milliards qu'ils pourraient de la sorte engranger, au détriment de centaines de milliers d'employés et de millions d'usagers.

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