Koweït : Le droit de vote à (une partie) des femmes20/05/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/05/une1920.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Koweït : Le droit de vote à (une partie) des femmes

Dans cet émirat particulièrement rétrograde qu'est le Koweït, la loi électorale réservait jusqu'alors le droit de vote aux seuls hommes, et encore à condition qu'ils jouissent de la citoyenneté depuis au moins vingt ans, qu'ils soient majeurs et qu'ils n'appartiennent ni à la police ni à l'armée. Mais il n'était pas question de faire des femmes des citoyens à part entière, même si la Constitution garantit hypocritement, depuis des dizaines d'années, l'égalité entre femmes et hommes.

En 1999 déjà, un décret avait été soumis au Parlement pour octroyer le droit de vote et d'éligibilité aux femmes, mais les députés représentant des tribus inféodées à la famille régnante et les intégristes islamistes s'y étaient opposés. En juillet 2003, des femmes courageuses avaient protesté contre leur exclusion du droit de vote en organisant, à l'occasion des élections législatives, un vote symbolique. Et, finalement, elles viennent donc de gagner le droit de voter et de se présenter aux élections.

Mais c'en est trop pour les obscurantistes religieux et autres chefs tribaux. Ils s'indignent contre le bouleversement de «l'identité de la société», ils affirment que cette mesure est «contraire à l'islam» et surtout ils ont obtenu qu'un amendement stipule dans le texte de loi que les femmes doivent, dans l'exercice de leurs droits, se conformer aux «normes islamiques». Heureux celui qui sait ce que cela veut dire, mais une chose est sûre, cela augure mal du nouveau droit démocratique que les femmes koweïtiennes viennent d'obtenir.

Reste que, avec ou sans droit de vote des femmes, ce serait une mystification que de parler de droits démocratiques reconnus à la population du Koweït. Cette monarchie dirigée par la famille régnante de l'émir El Sabah, aux frontières tracées selon les limites des champs de pétrole afin de lui réserver les revenus de l'or noir, restreint strictement la citoyenneté aux descendants des «vrais» Koweïtiens et la nie aux centaines de milliers de travailleurs immigrés présents dans l'émirat, qui en assurent la richesse et qui sont la majorité de la population. Ainsi, dans ce pays qui compte plus de deux millions d'habitants, seuls 150000 hommes avaient jusqu'ici le droit de vote. Demain, si tout n'est pas remis en cause par les sinistres intégristes convaincus que les femmes ne sont pas des êtres humains à part entière, elles seront 200000 à pouvoir aller voter. Mais, pour les travailleurs palestiniens, philippins ou indiens, hommes et femmes, qui représentent 60% de la population, il n'est pas question de leur accorder d'autre droit que celui de travailler... et d'être expulsable du jour au lendemain.

Partager