Textile : Le protectionnisme ne protège pas les travailleurs15/04/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/04/une1915.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Textile : Le protectionnisme ne protège pas les travailleurs

Depuis le début de l'année, les exportations de textile de la Chine augmentent, suite à l'abolition des mesures de restrictions douanières. Le ministre de l'Industrie, Devedjian, vient de demander à l'Union européenne de prendre des mesures de "sauvegarde", laissant croire que cela permettrait de préserver des emplois dans cette branche, en France.

La levée des barrières douanières sur les produits textiles est prévue depuis dix ans, à la demande des capitalistes des pays les plus riches. En France, l'Union des industries textiles, adhérente au Medef et présidée par Guillaume Sarkozy, le frère de Nicolas, l'avait réclamée pour "obtenir, à compter de 2005, l'ouverture irréversible de tous les marchés textiles du monde aux produits européens". Les patrons avaient pour ambition de "conquérir des parts importantes du marché textile mondial, notamment en Asie et sur le continent américain" qui représente un "potentiel équivalent à 350 à 400 millions de consommateurs".

Pas gênée, la même organisation patronale affiche aujourd'hui sa "colère" face à la montée des importations chinoises et demande à l'Union européenne de prendre des mesures protectionnistes, comme les États-Unis viennent de le faire. "Tout ce que les États-Unis ne laisseront pas entrer chez eux, la Chine nous le vendra", explique-t-elle. C'est cette réclamation patronale qu'a relayée Devedjian, en demandant à l'Union européenne de limiter l'arrivée des conteneurs de textiles en provenance de Chine.

Tout cela s'inscrit dans la guerre économique que se livrent les capitalistes pour le marché mondial du textile, où chaque pays est bien entendu favorable à la suppression des barrières pour exporter, et à des mesures protectionnistes sur les importations...

Certaines sociétés s'accommodent fort bien de la situation actuelle. Ainsi, la société Kindy, qui a licencié en Picardie, se fournit en chaussettes en Chine, participant à ce que certains décrivent, pour dramatiser, sinon comme un "nouveau péril jaune", du moins comme une "déferlante" et un "tsunami". Kindy se félicite de "l'arrivée des premières livraisons de Chine, suite à la suppression des quotas le 1er janvier 2005" qui "s'avèrent tout à fait conformes aux attentes, tant en termes de qualité des produits que de délais de livraison et de diminution des coûts de revient (- 20% en moyenne)". Comme quoi cette situation est loin d'être un drame pour tout le monde... patronal.

Les premières victimes de l'augmentation des exportations chinoises, quand des capitalistes de pays riches choisissent désormais de s'approvisionner en Chine, sont les travailleurs d'autres pays pauvres comme le Bangladesh, le Maroc, la Tunisie, l'île Maurice, l'Égypte, la Turquie.

Cependant, entre 1973 et janvier 2005, les exportations de textile étaient limitées, par produit et par pays, à la suite d'accords imposés par les grandes puissances à l'ensemble des pays producteurs, et les travailleurs n'étaient alors pas mieux protégés, ni des bas salaires ni des fermetures d'usines. En France, la concurrence internationale avait servi de prétexte à accorder des subventions supplémentaires au patronat du textile. Celui-ci a utilisé les subventions publiques du "Plan Textile" comme cela lui chantait, pour les placer dans les secteurs où la rentabilité financière du moment était la plus forte. Les intérêts des travailleurs n'étaient donc pas davantage pris en compte du temps où régnait le protectionnisme qu'avec l'actuelle ouverture en grand des échanges.

Dire qu'il y aurait "la Chine" d'un côté, "la France" et "l'Europe" de l'autre, c'est une duperie. En fait, les travailleurs du monde entier doivent faire face aux capitalistes qui, sous la protection des États, se partagent le monde des tee-shirts comme toutes les branches de l'économie. Dans cette guerre économique, ceux des pays riches mènent la danse pour alterner mesures dites "libérales" et mesures "protectionnistes" au gré de leurs intérêts. Dans l'autre camp, il y a toutes les victimes de ce système capitaliste.

La bonne et la seule réponse, c'est d'oeuvrer à l'alliance des travailleurs: ceux de Chine, eux aussi victimes des mêmes, et ceux d'ici. La concurrence, c'est la règle entre patrons, mais les travailleurs n'ont nullement intérêt à épouser leur cause.

Partager