Leur faire ravaler leur arrogance!25/03/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/03/une1912.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Leur faire ravaler leur arrogance!

Il n'a pas fallu attendre longtemps pour savoir ce que Raffarin entendait par «répartir les fruits de la croissance», lâché après le succès de la journée de manifestations et de grèves du 10 mars. Son nouveau ministre de l'Économie Thierry Breton a proposé une «prime d'intéressement» aux salariés du secteur privé pour, a-t-il dit, «stimuler le pouvoir d'achat des Français».

Il n'y a déjà pas de quoi dire «merci patron» pour une prime exceptionnelle plafonnée à 200 euros! Mais, en plus, le ministre de l'Économie a pris soin de préciser que le versement en serait facultatif et que, pour inciter les patrons à la verser quand même, ils pourraient déduire cette somme de leurs bénéfices de 2004, ce qui diminuerait les impôts sur les sociétés qu'ils payent. Ainsi, l'État rembourserait au moins en partie aux patrons la prime qu'ils auraient versée. Il fallait oser le faire!

Au moment même où Thierry Breton faisait cette annonce, était rendu public le montant des profits totalisés par les 40 premiers groupes industriels et financiers du pays. Cela représente 60 milliards d'euros en 2004, un chiffre historique, avec une augmentation de 64% par rapport à l'année précédente.

Voilà leur «répartition des fruits de la croissance»!

Le simple fait, cependant, que Raffarin prononce le mot «salaires» et propose des négociations dans le secteur public lui a valu une volée de bois vert de la part du président du Medef, Seillière, qui a rappelé brutalement que les salaires sont du seul ressort des patrons et que l'État n'a pas à s'en mêler. Et pour que personne ne se méprenne, il a ajouté que le smic est trop élevé et qu'il n'est pas question d'augmenter les minima des branches qui, dans la majorité des cas, sont inférieurs à ce salaire minimum!

Qu'ils continuent comme cela, ce baron milliardaire, les patrons, ses pairs, et leurs laquais au gouvernement, ils finiront par provoquer l'explosion sociale qu'ils méritent!

Au cours des dernières années, le patronat et les gouvernements successifs ont réussi à ramener la condition ouvrière des décennies en arrière. Seule une telle explosion peut les arrêter.

Le 10 mars, les travailleurs ont répondu présents. Les manifestations étaient plus nombreuses que le 5février et les grèves plus suivies. Cela n'a évidemment pas été suffisant pour faire peur au gouvernement et au grand patronat, qui savent se faire une raison d'une journée d'action sans lendemain. Cela fait partie de la «respiration sociale», a déclaré l'un d'entre eux avec cynisme.

Les confédérations syndicales auraient dû annoncer une suite avant même la journée du 10 mars, afin que ceux qui hésitaient à une étape soient encouragés par le succès de celle-ci et entraînés à rejoindre leurs camarades à l'étape suivante. Pour l'instant, rien n'est proposé. Le patronat et le gouvernement poursuivent méthodiquement leurs attaques contre les travailleurs. En face, aucune des confédérations ne propose un plan de mobilisation des travailleurs. Celles qui parlent de donner une suite au 10 mars se réfugient derrière les tergiversations des autres.

Mais que le patronat et le gouvernement se méfient: les travailleurs ne peuvent se contenter de phrases creuses ou de promesses de négociations. Même ceux qui ont un emploi voient leur paie rognée, alors qu'il faut travailler de plus en plus durement pour la gagner. Ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver au chômage et contraints d'accepter n'importe quel emploi précaire mal payé. Le pouvoir d'achat qui baisse, les prélèvements qui augmentent, les retraites qui sont amputées, la pauvreté qui se généralise, voilà le matériel explosif qui s'accumule. Et l'arrogance patronale finira par produire l'étincelle provoquant l'explosion de colère.

Alors, et alors seulement, les travailleurs pourront leur faire rentrer dans la gorge leur cynisme et surtout leur imposer leurs exigences vitales. Elles sont communes à tous les travailleurs: pas de licenciements collectifs, pas de précarité, un emploi correctement payé pour tous et l'augmentation générale des salaires!

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 21 mars

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