Haïti : Un an après la chute d’Aristide25/03/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/03/une1912.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Haïti : Un an après la chute d’Aristide

Un an après le départ forcé le 29 février 2004 du président Jean-Bertrand Aristide, la situation politique, économique et sociale d'Haïti n'a guère évolué. L'économie tourne toujours au ralenti; le chômage et la misère frappent l'immense majorité de la population.

Mis en place avec la bénédiction des États-Unis, de la France et du Canada qui avaient précipité le départ d'Aristide, le gouvernement de transition de Gérard Latortue s'est montré incapable de rétablir un minimum de services publics (routes, assainissement, électricité, centres de soins...). Quant à l'insécurité, elle frappe tout le pays; les bandes armées, qu'il s'agisse de celles de la police, des partisans de l'ex-président (les «chimères»), des ex-militaires, des voyous et narco-trafiquants ou des soldats des Nations unies, continuent à s'affronter et font chaque jour de nouvelles victimes parmi la population.

À ce propos, voici ce qu'écrivent nos camarades de l'organisation trotskiste antillaise Combat Ouvrier dans l'édition du 12 mars de leur journal:

Lundi 28 février, dans le bastion des chimères au Bel-Air, des partisans d'Aristide ont défilé pour demander son retour. Ils étaient plusieurs centaines. La police, les unités spéciales ont dispersé la manifestation par des grenades lacrymogènes puis des tirs à balles réelles. Les manifestants ont riposté, le bilan a été de quatre morts parmi les manifestants.

Cette manifestation était organisée pour marquer l'anniversaire du départ d'Aristide (...). Il est maintenant en Afrique du Sud et, de là, il manoeuvre dans l'espoir de revenir en Haïti. Ainsi dans une interview récente, il avance: «Le peuple m'a élu pour cinq ans, je dois finir mon mandat». C'est ce qu'il avait dit en revenant en 1994, mais son retour n'a jamais été profitable aux masses laborieuses. Au contraire, les bourgeois se sont enrichis alors que la population des quartiers populaires était rançonnée par des groupes de chimères, armés par les gouvernements lavalass (mouvement d'Aristide). Et ils continuent aujourd'hui dans les quartiers qu'ils contrôlent.

Durant son passage au pouvoir, Aristide avait choisi de ne pas s'appuyer sur les masses pauvres pour faire pression sur les possédants, il ne toucha à aucun privilège des bourgeois, les rassurant sur le fait qu'il saurait jouer le rôle d'un digne représentant de la bourgeoisie. Il joua ce rôle, malgré une misère effroyable qui s'est accentuée durant son passage à la présidence.

Des promesses faites, il n'en a guère tenu, trahissant l'espoir des masses qu'il a démobilisées. Il les a laissées seules, subissant le poids de la pauvreté, face à l'exploitation des patrons, le mépris des banquiers, la violence des polices, puis celle des bandes armées des différentes cliques.

Le gouvernement de Gérard Latortue a un seul souci, celui de réaliser des élections (prévues en novembre prochain) permettant la redistribution des différents postes aux politiciens qui sont déjà sur les rangs. Ce gouvernement ne se préoccupe du sort de la population qu'en paroles. Dans les faits, il n'a pas réussi à mettre au pas les chimères, même avec l'appui de 15000 casques bleus de l'ONU. L'insécurité et la misère sont telles que certains, comme les boat people, risquent leur vie pour fuir le pays (...). D'autres demandent un nouveau retour d'Aristide, un nouveau sauveur.

Pour que les masses laborieuses d'Haïti ne soient pas à la merci des politiciens, des hommes soi-disant providentiels comme Aristide dont elles subiront les désillusions, elles ont à construire leur organisation propre, qui leur permettra le contrôle sur le gouvernement, la mainmise sur les biens des possédants et la réalisation de leurs revendications.

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