Aide à l'Afrique : Blair et Chirac font assaut d'hypocrisie17/03/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/03/une1911.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Aide à l'Afrique : Blair et Chirac font assaut d'hypocrisie

Tony Blair a présenté le 21 mars le rapport rédigé par la "Commission pour l'Afrique" qu'il avait mise en place il y a un an. Ce rapport souligne qu'en Afrique, la faim tue davantage que toutes les maladies et il propose un plan d'aide au développement dont le coût représenterait 50 milliards de dollars soit, y lit-on, "un demi chewing-gum par jour et par personne dans les pays riches". Le Premier ministre anglais en tire la conclusion que "nous devrions être hantés quotidiennement par le fait que quatre millions d'enfants mourront cette année avant leur cinquième anniversaire".

Mais le même rapport ajoute fort justement qu'"une trop grande partie de l'histoire de l'engagement des pays industrialisés en Afrique est une histoire misérable de promesses brisées". Et ces promesses viennent des mêmes Tony Blair, Jacques Chirac et autres Gerhard Schröder, ou de leurs prédécesseurs.

Ils sont donc bien placés pour connaître les causes et les responsabilités dans le sous-développement de l'Afrique. À commencer par son point de départ: la colonisation, qui a abouti au dépeçage de l'Afrique et à sa répartition entre les grandes puissances d'Europe: la France, l'Angleterre, puis l'Allemagne, mais aussi la Belgique, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, la Hollande... Pendant toute cette période, les richesses agricoles et minières d'Afrique étaient tout simplement pillées au profit des pays colonisateurs (disons plutôt au profit de quelques affairistes sans scrupules), sans la moindre contrepartie.

La fin de la tutelle directe de ces grandes puissances, tout au long du 20e siècle, a laissé derrière elle un continent exsangue, divisé en pays aux frontières artificielles, dirigés par des dictatures fantoches mises en place et soutenues par les anciens colonisateurs. Résultat, l'Afrique a connu 26 guerres et 186 coups d'État dans les 50 dernières années. Quant aux richesses du continent, le coton, l'arachide, le bois, le pétrole, l'or, les minerais de toute sorte, le marché en est toujours étroitement contrôlé par les grandes compagnies pétrolières, minières ou agro- alimentaires des pays développés. Tout cela replace les déclarations de Blair dans leur vrai contexte.

Quant à l'aide au développement, promise par les États occidentaux pour tenter de détourner l'attention du pillage qui continue, elle est en deçà même du symbolique. Il y a plus de 35 ans, les pays riches avaient décidé de consacrer 1% des richesses produites dans l'année (leur PIB) au développement des pays pauvres. En 1970, ce montant a été revu à la baisse car pratiquement aucun pays ne l'atteignait. C'est à présent 0,7% du PIB qui est censé être consacré au développement des pays pauvres. Mais seuls des pays comme le Danemark, la Suède ou la Norvège tiennent leur promesse. La France comme l'Angleterre de Tony Blair n'y consacrent que 0,35%, la moitié de l'objectif. Dont une partie a été consacrée à payer la rédaction de ce rapport sur l'aide à l'Afrique.

L'aide au développement ne coûte pas cher, mais les promesses hypocrites des politiciens des pays riches ne valent rien.

Partager