Le 10 mars, tous ensemble, faisons monter la température03/03/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/03/une1909.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

Le 10 mars, tous ensemble, faisons monter la température

Hervé Gaymard a donc résilié son bail des 600 m² et 14000 euros de loyer aux frais du contribuable, et démissionné de son poste de ministre. Il a été lâché par son protecteur Chirac, son chef Raffarin et son collègue de l'UMP Sarkozy, le plus aboyeur de tous. Les ténors du Parti socialiste ont ajouté leur grain de réprobation, en passant sous silence le train de vie des Mitterrand et autres Roland Dumas. On a eu droit à de la grosse farce.

D'abord quand Gaymard, bon chic bon genre bon catholique, a pleuré auprès de journalistes "je n'ai pas de fric", alors que son patrimoine serait de 2 millions d'euros, qu'il est propriétaire de multiples résidences, et que lui et sa femme sont soumis à l'impôt sur la fortune. Ensuite, quand le gouvernement a édicté la règle pour le logement des ministres (pas plus de 80 m², plus 20 m² par enfant... applicable aussi au logement social ?), et que lesdits ministres se sont précipités à calculer la superficie de leur appartement ! Jean-François Copé, 235 m². Frédéric de Saint-Sernin, 240 m². Tous trop bien logés, les chantres de l'austérité !

Le scandale est arrivé parce que l'exaspération populaire est grande. Parce que, comme l'expriment aujourd'hui les lycéens qui manifestent : "Y'en a marre de ces guignols, qui ferment les usines, qui ferment les écoles". Oui, marre de ces serviteurs politiques du patronat, et du patronat lui-même, qui font leur fric en réduisant à la portion congrue les travailleurs, les chômeurs, les jeunes de milieu populaire.

Les dirigeants des grands groupes cotés au CAC 40 annoncent des profits sans précédent pour 2004. Bénéfice net de 4,7 milliards d'euros pour BNP Paribas. De 143% par rapport à l'année dernière, pour l'Oréal. De 9 milliards d'euros pour Total, dont 3,3 milliards distribués sous forme de dividendes. Progression de 43% pour Renault, avec un résultat net de 3,5 milliards d'euros. Son PDG augmente la rémunération des actionnaires de 29%. Imaginons la même augmentation du Smic et de tous nos salaires !

C'est dans ce grand monde patronal que le gouvernement est allé pêcher le successeur de Gaymard au ministère de l'Économie : Thierry Breton, grand patron de France Télécom (1,3 million d'euros par an), grand ambitieux dit-on, par ailleurs auteur de science-fiction. Mais le roman-vérité qui relate le sort imposé au personnel de France Télécom par la privatisation, sous son règne comme celui de ses prédécesseurs, s'intitule "la machine à broyer".

Rien d'étonnant si la situation du monde du travail empire. Si les salaires cèdent du terrain. Si le taux de chômage vient de dépasser les 10%, selon les chiffres du ministère du travail. Chiffres officiels savamment truqués qui indiquent déjà près de 3 millions de sans emploi. Et quelques jours de vague de froid soulignent l'incurie de la politique sociale : panique aux urgences des hôpitaux, panique pour ne pas laisser crever des hommes et des femmes sans domicile, dans les rues !

Ceux qui nous gouvernent, et leurs maîtres du patronat, soufflent le froid; à nous de souffler le chaud. Les lycéens en lutte contre le projet Fillon qui accentue la misère de l'école et creuse encore les inégalités, ont donné le signal. Malgré les vacances, les jeunes se sont passé le témoin d'académies en académies, et le prochain rendez-vous général est fixé au mardi 8 mars. La même semaine, le 10 mars, les directions syndicales appellent les travailleurs du public et du privé à une journée de grève et de manifestations pour les salaires, l'emploi, la durée du travail. Les lycéens se joindront certainement à eux. Il faut absolument en être, même si les leaders syndicaux n'annoncent aucun plan de bataille pour la suite. Mais l'exaspération populaire peut les y contraindre. Elle peut bousculer. Elle a bien fait déménager dans les ministères !

Contre ces guignols qui ferment les usines et ferment les écoles, tous en grève et dans la rue le 10 mars, étape de la contre-offensive du monde du travail.

(Editorial du lundi 28 février 2005 des bulletins d'entreprise L'Étincelle publiés par la Fraction)

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