Algérie - Réforme du code de la famille : Bouteflika cède aux hommes03/03/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/03/une1909.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Algérie - Réforme du code de la famille : Bouteflika cède aux hommes

"La révision du code de la famille s'est avérée impérative si nous voulons garantir la stabilité et l'harmonie dans la société et assurer le respect de la chariâ [la loi coranique] qui reste valable en tout temps", déclarait le président algérien Bouteflika en octobre dernier. Dans ces conditions, l'avant-projet de révision du code de la famille que le gouvernement algérien va bientôt proposer aux parlementaires se place bien en deçà des aspirations des mouvements de femmes algériennes.

En effet, les plus radicales de celles-ci souhaitaient, à juste titre, qu'il soit purement et simplement aboli. L'avant-projet, s'il contient certaines dispositions en faveur des femmes et des enfants, a plutôt tenu compte de l'opinion des groupes religieux. Pour Bouteflika, améliorer la situation des femmes passe après la nécessité pour lui de consolider sa position d'arbitre entre les différentes fractions de l'opinion algérienne.

Le gouvernement de Bouteflika prétend, à défaut d'abroger le code de la famille, lui donner un coup de jeune. Et cela d'autant que l'Algérie, en comparaison de ses voisins tunisien et marocain, apparaît désormais comme en retard. Même si, entre la loi et la réalité il y a toujours un fort décalage, les mouvements de femmes en Algérie espéraient la fin d'un dispositif qui place les femmes dans une situation de mineures par rapport aux hommes.

Finalement, le président algérien a pris en compte les religieux qui dénonçaient "l'hérésie" de son éventuelle abrogation. Le tutorat est donc maintenu : une femme sur le point de se marier devra toujours avoir l'assentiment d'un tuteur (son père ou un de ses proches).

De la même manière, même si c'est une pratique devenue très minoritaire en Algérie, la possibilité de la polygamie est maintenue. Petit changement, le mari devra dorénavant obtenir l'autorisation d'un juge pour contracter d'autres unions. Il devra notamment faire la preuve que la ou les précédentes épouses n'ont pas d'objection. Sauf que la plus ou moins grande dépendance économique ou morale des premières femmes permet de prévoir leur réponse, dans la plupart des cas.

De même, le droit de la femme de demander le divorce n'est pas retenu : alors que l'homme conserve le droit de répudier sa femme, celle-ci doit satisfaire à une douzaine de conditions pour demander le divorce. Le nouveau code reconnaît tout de même le droit des femmes à obtenir la garde des enfants en cas de séparation et, dans cette situation, de garder l'usage du domicile, ce qui n'était pas le cas auparavant, ce qui jetait dans la rue bien des femmes répudiées.

Rappelons que ces dispositions du code de la famille algérien, à l'exception de ce qui concerne la polygamie, sont souvent acceptés par la France. Un Algérien vivant en France peut, à l'insu de sa femme, se rendre en Algérie, obtenir un divorce à son bénéfice, et les tribunaux français se conforment fréquemment à ce jugement.

La reculade de Bouteflika devant les islamistes provoque, à juste titre, la colère des femmes militantes, aussi bien de la présidente de la commission des femmes travailleuses de l'UGTA (la centrale syndicale algérienne) que de la porte-parole du Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD), de la responsable de l'association SOS Femmes en détresse ou encore de Akila Ouared, ancienne combattante de l'Armée de Libération Nationale (ALN).

Une disposition trouve cependant grâce aux yeux de certaines d'entre elles, ce sont les modifications concernant le code de la nationalité. Auparavant, l'obtention de la nationalité était transmise par le droit du sang des hommes. Seuls ceux-ci donnaient la nationalité à leurs enfants. Désormais, les femmes algériennes pourront également le faire.

Les femmes algériennes, qui veulent en finir vraiment avec ce code de la famille archaïque et réactionnaire, devront continuer à se battre pour imposer ce droit élémentaire pour les femmes : l'obtention de l'égalité pour tous. La journée du 8 mars prochain, manifestation traditionnelle des mouvements de femmes algériennes, leur fournira une nouvelle occasion de l'affirmer.

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