Ancien militant trotskyste vietnamien, Ngo Van est mort06/01/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/01/une1901.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Ancien militant trotskyste vietnamien, Ngo Van est mort

L'ancien militant trotskyste vietnamien Ngo Van vient de mourir le 1er janvier à Paris où il vivait. Né en 1913 dans le village de Tân Lô, à 15 km de Saigon, ayant commencé à travailler à l'âge de 14 ans, il avait rejoint le mouvement trotskyste vietnamien en 1932 et participé à ses luttes. Arrivé en France en 1948, il y travailla trente ans comme ouvrier électricien jusqu'à sa retraite en 1978.

Au Viêt-nam, Ngo Van avait appartenu à l'une des deux fractions du mouvement trotskyste, celle dirigée par Lu sanh Hanh, plus méfiant vis-à-vis du parti stalinien que l'autre fraction, dirigée par Ta Thu Thau.

Les trotskystes vietnamiens avaient une influence non négligeable dans le milieu ouvrier de la région de Saigon, au point que, dans les années trente, le parti stalinien avait dû accepter de passer avec eux un accord de front unique dans le cadre de la lutte contre le colonialisme français. Les staliniens ne s'en préparaient pas moins à se débarrasser totalement de ces militants trotskystes. Ceux-ci représentaient la possibilité que dans la lutte anticoloniale, la classe ouvrière développe son indépendance de classe et arrache à la bourgeoisie nationale vietnamienne la direction de la lutte.

Cependant, le mouvement trotskyste vietnamien ne voulait pas croire que leurs différences avec les staliniens dans la conduite du combat anticolonial allaient conduire ceux-ci à les liquider physiquement.

En 1945, le mouvement trotskyste se trouva pris entre, d'un côté, les armées des puissances coloniales, d'autre part les staliniens qui n'hésitèrent devant rien pour prendre la tête du mouvement pour l'indépendance et en éliminer tous ceux qui pouvaient contester leur pouvoir. Les militants trotskystes furent alors anéantis. La plupart furent assassinés par les staliniens, notamment Ta Thu Thau. Quelques-uns furent expulsés par les autorités coloniales vers la France. La guerre d'Indochine qui commençait allait porter au pouvoir Ho Chi Minh et le parti stalinien, qui exercèrent le pouvoir au nom de la bourgeoisie nationale vietnamienne et refoulèrent toute revendication indépendante de la classe ouvrière.

Installé en France, Ngo Van se montra plutôt proche des groupes concluant à l'inutilité de la construction d'un parti révolutionnaire pour obtenir l'émancipation des travailleurs. Mais Ngo Van ne reniait pas son passé. Resté l'un des rares survivants du mouvement trotskyste vietnamien, il défendait la mémoire de ses camarades assassinés. Il consacra beaucoup de temps et d'énergie à raconter cette histoire, notamment dans deux livres, Viêtnam 1920-1945, Révolution et contre-révolution sous la domination coloniale et Au pays de la cloche fêlée, deux précieux témoignages exprimant sa vision sur une histoire mal connue.

Nous saluons la mémoire de ce militant, que nombre d'entre nous ont pu rencontrer, notamment à la fête de Lutte Ouvrière où il était venu commenter directement cette histoire.

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