Marseille : La médecine scolaire manque de moyens et le gouvernement lui en retire encore !10/11/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/11/une1893.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Marseille : La médecine scolaire manque de moyens et le gouvernement lui en retire encore !

Jusqu'à présent les médecins scolaires ne disposaient que de très faibles moyens pour surveiller, voire soigner les écoliers des familles pauvres. Mais le rapport Thélot sur l'éducation prévoit tout simplement de les supprimer.

Actuellement les médecins scolaires ont tous entre 20 à 40 établissements sur leur secteur, ce qui représente entre 4000 et 10000 élèves.

Dans le centre-ville de Marseille, par exemple, un médecin s'occupe d'un secteur de presque 5000 élèves de familles très modestes, voire misérables.

En principe il doit voir tous les enfants de maternelle grande section, avant leur passage au cours préparatoire. Bien souvent, c'est la seule visite médicale que les enfants passent; c'est là que peuvent être dépistés des problèmes de vision, d'audition, des troubles du langage, des déséquilibres de la colonne vertébrale... La difficulté ensuite est de les faire soigner, car pour les plus chanceux dont les parents bénéficient de la CMU, le budget pour les lunettes est limité et souvent insuffisant. Quant au coût d'une rééducation orthophonique pour ceux qui ont simplement la Sécurité sociale sans CMU, ni mutuelle, c'est quasiment inenvisageable.

C'est à l'école aussi que les enfants des nouveaux immigrants, souvent sans couverture sociale, passent leur première visite médicale et qu'on leur donne des conseils concernant la mise à jour de leurs vaccinations. Là on se retrouve confronté aux problèmes de manque de couverture sociale. Les familles sans papiers peuvent arriver à faire inscrire leur enfant à l'école mais elles cherchent ensuite à se faire oublier, donnent de fausses adresses, ou vivent dans des squats. Du coup les enfants ne peuvent pas être bien soignés et le disent, " le dentiste c'est trop cher ".

Depuis la rentrée de septembre déjà, plusieurs épidémies se sont déclarées, la gale découverte chez une petite fille a semé l'affolement. Mais aucun traitement de cette maladie n'est remboursé par la Sécurité sociale, et pour acheter le minimum, c'est-à-dire une lotion antiparasitaire et un spray désinfectant pour les coussins et les matelas, il faut débourser 25 euros, et 50 en cas de famille nombreuse, car il vaut mieux badigeonner tous les frères et soeurs préventivement. C'est hors de prix pour ces familles. De plus il faut laver le linge, les draps, les serviettes, à 60 degrés ou plus, ce qui pose aussi des problèmes dans ces appartements trop petits où le séchage du linge n'est pas évident.

La teigne, quant à elle, resurgit régulièrement. Les médicaments pour la soigner sont remboursés mais pas la désinfection du linge et de l'appartement.

" Les poux sont de retour ": dans la plupart des écoles maternelles et primaires cette affichette prévient les parents presque à longueur d'année et les instituteurs, inquiets, incitent les parents à les traiter au plus vite.

Mais aucun des traitements antipoux n'est remboursé par la Sécurité sociale, le coût d'une lotion, d'un shampoing et d'un spray désinfectant pour les coussins atteint un total de trente euros environ, qu'il faudrait débourser plusieurs fois dans l'année car on n'arrive jamais à traiter toute une classe à la fois et les poux se portent bien!

Des maladies que l'on pourrait traiter facilement se propagent avec la misère, et pas des moindres. C'est ainsi qu'il n'est plus prévu de faire les tests confirmant que le BCG, contre la tuberculose, a bien pris.

Il n'est pas question d'ailleurs que la médecine scolaire se charge des vaccinations car elle n'a pas assez d'argent.

Une élève de 16 ans, au collège, enceinte, n'avait pas osé en parler. Elle était bien allée consulter une fois à l'hôpital, mais le service n'avait pas pu lui fixer un autre rendez-vous faute de place. Il faudrait multiplier les informations sur la sexualité et la contraception, sujet tabou dans bien des familles, mais le temps manque, tout comme le temps de parler des dangers du tabac, des drogues et de l'alcool.

Déjà l'an dernier, les crédits avaient été baissés. Il y avait moins d'heures de vacation de médecins et des postes de secrétaires médicales avaient été supprimés. Celles qui restent se retrouvent avec des milliers de dossiers médicaux à gérer.

Sous prétexte qu'il serait illégal que les dossiers médicaux scolaires transitent par la poste, ce qui est le cas aujourd'hui quand l'élève change d'établissement, leur suppression pure et simple est envisagée.

Le rapport Thélot propose la suppression de la médecine scolaire. La visite médicale des enfants de six ans serait faite par les médecins du Conseil général. Ce serait aux enseignants de dépister les problèmes de santé et les parents devraient faire appel à des médecins libéraux.

La suppression de la médecine scolaire serait donc un nouveau recul qui toucherait particulièrement les enfants des quartiers défavorisés.

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