Brésil - Élections municipales : Progrès du PT mais aussi premier avertissement07/10/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/10/une1888.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Brésil - Élections municipales : Progrès du PT mais aussi premier avertissement

Les élections brésiliennes du 3 et du 31 octobre (là où il y aura un second tour) doivent renouveler les maires des 5560 communes du pays, élus au suffrage direct, ainsi que les conseillers municipaux, élus séparément. Ces postes constituent des enjeux importants pour les partis et les carrières personnelles des politiciens, en particulier lorsqu'il s'agit de villes de plusieurs millions d'habitants, commeSao Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte ou Bahia. Mais l'intérêt de cette élection est aussi, à mi-mandat du président de la République Lula, de mesurer l'impact de sa politique.

Le parti de Lula, le Parti des Travailleurs (PT), qui depuis deux ans dirige le gouvernement, a connu dès le premier tour une progression de ses résultats. Il est le premier parti du pays, avec plus de 10 millions de voix, et emporte dès le premier tour la mairie de six capitales d'État, dont les grandes villes de Belo Horizonte et de Recife. Il devrait, à l'issue de ce scrutin, se trouver à la tête de près de 500 villes, au lieu de moins de 200 précédemment. Cela ne l'empêchera pas de rester sous-représenté à ce niveau, par rapport aux partis traditionnels de notables, indéracinables dans leurs fiefs.

Ces bons résultats signifient que le PT continue à élargir son implantation à l'échelle du pays. Mais il a eu du mal à s'étendre au-delà des villes ouvrières du Sud-Est, dans lesquelles il est né et où il dispose de militants syndicaux influents.

Plus grave pour lui, il est en position difficile dans la ville de Sao Paulo, la capitale économique et intellectuelle du pays. Sa candidate Marta Suplicy, maire sortante (pour la première fois, un maire sortant peut se présenter à nouveau), n'a obtenu que 35% des voix, contre 43% à José Serra du parti d'opposition PSDB, ancien ministre de la Santé et concurrent malheureux de Lula à la présidence. Elle est donc en ballottage défavorable.

Les raisons du peu de succès de la maire de Sao Paulo sont pourtant faciles à deviner. Bien que tout le monde la présente comme un modèle de gestion sociale, ses bonnes intentions affichées à l'égard des couches populaires n'ont jamais été bien loin. Elle s'est avant tout préoccupée de la petite bourgeoisie, négligeant les problèmes d'emploi et de transport des travailleurs. Son image publique est celle d'une star des milieux branchés qui consacre de loin en loin quelques instants à "ses pauvres".

Et elle ne peut pas bénéficier de l'impact de la politique menée à l'échelle nationale par le gouvernement de Lula pour compenser son "déficit" social. Car Lula, depuis deux ans, fait tout pour favoriser les grands exportateurs, les banquiers, les parasites de la dette. Son action a recueilli l'approbation de la bourgeoisie et du Fonds monétaire international. Même si sa popularité reste encore élevée, il n'a pas tenu les promesses électorales faites aux couches pauvres, sur les salaires, les emplois, la santé et l'alimentation. Depuis un mois ou deux, les statistiques officielles annoncent plus d'un million de créations d'emplois, mais cela ressemble surtout à un effet d'annonce.

En revanche, Lula dit qu'il va maintenant s'attaquer à la réforme syndicale, pour donner tout pouvoir à l'appareil au sein des syndicats, et à la réforme du droit du travail, qui vise à "flexibiliser" les droits des travailleurs et à s'en prendre au treizième mois et aux congés payés. Le patronat l'encourage à ne pas ralentir le rythme des "réformes". Il a même élu à la tête de la FIESP (le syndicat patronal de l'État de Sao Paulo, l'équivalent du Medef) Paulo Skaf, un patron du textile qui en 2002 a fait campagne pour Lula.

Ces élections ont montré que Lula et le PT avaient maintenu et même élargi leur influence. Mais auprès de qui? Difficile d'en juger d'ici. Mais même si un grand nombre de travailleurs leur font encore confiance, la politique qu'ils mènent n'a rien à voir avec les espoirs que les couches populaires avaient mis en eux.

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