Sortir le vin de la loi Évin ? Bonjour les dégâts!12/08/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/08/une1880.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Sortir le vin de la loi Évin ? Bonjour les dégâts!

Le débat sur le vin est relancé. Pas étonnant dans un pays qui se situe au second rang mondial pour sa production, derrière l'Italie (et au premier rang en ce qui concerne la consommation) et qui dispose au Parlement d'un puissant lobby dans ce domaine. Ce sont d'ailleurs cinq députés et sénateurs UMP, élus des régions viticoles, qui ont remis, il y a quelques semaines, au Premier ministre, un Livre blanc dans lequel ils demandent un adoucissement de la loi Évin.

Ils proposent de faciliter les promotions collectives et un certain nombre de facilités fiscales afin de réhabiliter le vin, dont l'image serait, selon eux, pénalisée. Il faudrait, disent-ils, reconnaître que le vin est un élément constitutif de notre civilisation, doté de vertus nutritives. Derrière cette prose à la gloire de Bacchus, le dieu romain de la vigne, fermentent des intérêts plus matériels: la France qui absorbe plus de 60% de sa production, connaît ces derniers temps un tassement de la consommation et en 40 ans, celle du vin a globalement chuté de moitié. Et comme le hasard fait bien les choses, un des rédacteurs du Livre blanc est lui-même viticulteur...

Ce qui est curieux, c'est que la loi Évin, en vigueur depuis 1991, n'interdit pas la publicité pour le vin mais la réglemente. Auraient-ils abusé du jus de la vigne? Pour le moment - et c'est tant mieux - le gouvernement, par la voix de son ministre de la Santé, Douste-Blazy, ne semble pas prêt à céder devant leurs récriminations et vient même de se déclarer favorable à «l'obligation d'un message à caractère sanitaire».

Désormais les collèges et les lycées devront consacrer une séance d'information annuelle aux dangers de l'alcool, notamment pour les femmes enceintes. L'information devrait d'autre part figurer sur l'étiquette des bouteilles. Il est en effet scientifiquement établi que la consommation - même faible mais régulière - pendant la grossesse fait courir des risques au foetus et constitue une cause majeure de retard mental et de croissance. 5000 à 7000 bébés seraient ainsi atteints de troubles sévères chaque année.

Mais les auteurs du Livre blanc n'ont pas dit leur dernier mot. L'un d'entre eux déclarait, juste après avoir présenté le Livre blanc: «On a eu une écoute très attentive du Premier ministre, qui nous a dit que le gouvernement ne laisserait pas lettre morte ce livre et qu'il en tirerait des conclusions dès l'automne». Ce n'est certainement pas là une parole d'ivrogne, mais plutôt parole de fin connaisseur des pratiques gouvernementales, toujours prêtes à venir en aide aux lobbys patronaux.

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