Moyens d’information : C’est aussi une marchandise12/08/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/08/une1880.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Moyens d’information : C’est aussi une marchandise

La plus grande partie de la presse française est possédée par quelques grands groupes capitalistes dont deux géants... de l'armement: Lagardère d'un côté, et Dassault de l'autre. En mai dernier, le groupe Lagardère rachetait le plus gros des éditions de Vivendi Universal Publications (livres de poche, éditions scolaires...). Et revendait à Wendel Investissement (la holding familiale de Seillières), une partie de ce qu'il venait d'acquérir (Nathan, Bordas, Le Robert, Robert Laffont, La Découverte, 10/18...). L'essentiel des éditions scolaires se sont ainsi retrouvées dans les mains d'un marchand d'armes et d'un baron aux conceptions médiévales. De son côté, Dassault a racheté au groupe Hersant, en juin dernier, sa filiale Socpresse, qui ne contrôle pas moins de 80 titres, nationaux comme Le Figaro ou L'Express, ou régionaux (Le Progrès de Lyon, Le Dauphiné libéré, La Voix du Nord...). Pour la bagatelle de 1,2 milliard d'euros, Dassault s'est donc retrouvé à la tête du premier groupe de presse du pays. Mais voilà, l'avionneur souhaitait s'allier au roi du béton, un certain Bouygues, qui contrôle TF1 et de nombreuses chaînes câblées. Contact fut donc pris, et Bouygues envisagea de mettre 100 millions d'euros dans la corbeille de mariage. Las! les discussions ont échoué et le mariage a été annulé. Du côté de Dassault, on a prétendu que Bouygues voulait, au bout du compte, prendre seul le contrôle de Socpresse. Chez Bouygues par contre, on a indiqué plus prosaïquement qu'après examen, il s'est avéré que Socpresse «ne gagne pas d'argent». Et des deux côtés, on s'est plaint que les négociations aient été rendues publiques: «Toutes ces discussions auraient dû rester secrètes, comme c'est l'habitude. Ainsi, l'échec (serait) lui aussi resté secret». Comme quoi la presse dite «d'information» ne tient pas à informer sur tout. Ce qu'ils appellent la liberté de la presse, c'est leur liberté d'agir en coulisse et de se vendre au plus offrant.

De plus, les liens particuliers des uns et des autres avec les hommes politiques ne font pas toujours l'objet d'une information libre. C'est ainsi que le bruit a couru que Dassault était plus proche de Sarkozy que de Chirac et que, dans le conflit qui oppose les deux hommes pour la présidence en 2007, Chirac craignait que la nouvelle influence de Dassault sur l'opinion pouvait, grâce à son groupe, s'exercer en faveur de Sarkozy. La conclusion toute naturelle était que la récente et impromptue commande d'avions de chasse Rafale de Dassault pouvait être un moyen de se concilier l'appui, ou au moins la neutralité, de 80 journaux nationaux.

Après cela, inutile de se demander à quelle guerre ces avions vont servir.

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