Michelin licencie au Mexique : Les méthodes d'un patron "bien de chez nous"23/07/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/07/une1877.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Michelin licencie au Mexique : Les méthodes d'un patron "bien de chez nous"

On vient seulement d'apprendre ce qui se passe dans les deux usines Michelin au Mexique: des centaines de licenciements obtenus par des moyens scandaleux faisant appel au chantage, à des mensonges éhontés et même à l'utilisation de milices armées.

L'affaire a commencé dès 1992, lorsque Michelin a racheté Uniroyal qui possédait alors au Mexique deux usines, l'une à Tacuba, l'un des quartiers de Mexico, et l'autre à 250 kilomètres de la capitale, à Queretaro.

Il y avait alors 1200 salariés dans ces deux usines. Devenu propriétaire, Michelin mena aussitôt, via des cadres français, une politique de réduction des effectifs de moitié. Mais la production de pneus resta la même.

La législation du travail mexicaine, pourtant peu contraignante pour les employeurs, fut totalement bafouée. La direction fit croire au personnel que les deux usines fermaient définitivement. Les 650 travailleurs restant furent alors tous licenciés. Ils avaient en moyenne dix ans d'ancienneté. Les rares qui ne furent pas licenciés étaient les dirigeants du syndicat officiel, la Confédération des Travailleurs du Mexique (CTM) qui, dans les deux usines, font office de syndicalistes-maison.

Un matin d'août 2000, sans le moindre préavis, sans aucune information, les deux usines furent effectivement fermées. Le personnel ne put entrer, de nombreux gardes bloquant les entrées. Et c'est le secrétaire général du syndicat officiel qui fut chargé d'annoncer la fermeture définitive et que Michelin avait décidé de se retirer du Mexique. Il n'y avait donc plus rien à faire.

Pour toucher leurs indemnités de licenciement, les travailleurs durent se rendre à la Junte fédérale de conciliation et d'arbitrage, à Mexico, mais seulement par groupe de vingt. Michelin a mobilisé beaucoup de monde pour exercer des pressions et des menaces sur chaque travailleur: policiers, juges, avocats, chefs syndicalistes corrompus, tous s'y mirent pour obtenir que chaque salarié finisse par signer une "démission volontaire".

Les indemnités furent dérisoires, bien en dessous de celles prévues par le contrat collectif qui régit, au Mexique, les travailleurs du caoutchouc. Cependant des travailleurs eurent le courage de relever la tête, de porter plainte pour licenciement abusif et demandèrent leur réintégration. Quatre ans après les faits, rien n'a été jugé.

En réalité, les deux usines n'ont jamais été fermées. Celle de Mexico rouvrit 24 heures après sa fermeture sous un autre nom. Quant à l'autre usine de Queretaro, elle rouvrit en avril 2002.

Les salariés, tous nouveaux embauchés, durent se syndiquer au syndicat officiel, lequel garda les mêmes dirigeants qui aidèrent la direction dans toutes ses manoeuvres frauduleuses. Les conditions de travail imposées sont infâmes. Chaque travailleur doit signer un prétendu "contrat de protection" qui n'a aucune valeur juridique dans le pays. Par là, il renonce au droit de grève, accepte de travailler douze heures par jour, de ne pas revendiquer d'augmentation de salaire et s'engage à ne pas se syndiquer ailleurs qu'au syndicat-maison.

En juin 2003, au cours d'une réunion des travailleurs combatifs, un groupe armé fit irruption, vola toutes leurs affaires et frappa violemment plusieurs d'entre eux.

Telles sont les méthodes de Michelin au Mexique. Il faut saluer le courage et la détermination des travailleurs qui osent tenir tête. Ce sont eux qui viennent de s'adresser à la CGT Michelin de Clermont-Ferrand pour l'informer et lui demander son soutien.

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