Logement en Seine-Saint-Denis : Expulsions à Saint-Ouen30/06/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/07/une1874.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Logement en Seine-Saint-Denis : Expulsions à Saint-Ouen

Au milieu du mois de mai, quatre familles étaient évacuées d'un immeuble extrêmement vétuste de Saint-Ouen, suite à l'effondrement d'un plafond. Mardi 8 juin, 13 autres familles résidant encore dans cet immeuble étaient cette fois-ci expulsées manu militari, suite à un arrêté municipal d'interdiction d'habitation et étaient hébergées pour cinq jours dans des hôtels.

Cet immeuble privé, qui se compose de deux corps de bâtiment, l'un donnant sur rue et offrant encore des restes d'ancienne splendeur et l'autre donnant sur cour, infâme bicoque à deux doigts de s'écrouler (d'où l'arrêté de dangerosité), est l'objet d'une liquidation judiciaire qui traîne en longueur. L'entretien, la rénovation n'ont jamais été faits, d'où l'état de dégradation de la bâtisse sur rue et l'aspect de taudis délabré du bâtiment sur cour.

La crise du logement, la pénurie de logements sociaux, la cherté des loyers locatifs ont fait que ces immeubles ont été occupés depuis 1999 par ceux qui ne trouvent rien d'autre pour se loger, mais qui ont dû bien souvent payer un droit de s'installer à quelques petits escrocs vivant sur le dos de ceux qui sont dans le besoin.

Les familles logeant dans ces immeubles -pour la plupart africaines- ont pour l'immense majorité un travail, des enfants scolarisés dans les écoles du quartier. Elles se sont installées dans ces immeubles, faute de mieux et de guerre lasse.

Les familles expulsées tentent tant bien que mal de réagir et de faire face aux mille difficultés auxquelles elles se heurtent. Avec le DAL de la ville, qui depuis cinq ans demande aux pouvoirs publics d'engager un processus pour reloger ces familles, elles ont organisé plusieurs rassemblements devant la mairie de Saint-Ouen (dont un qui s'est terminé par des arrestations et des gardes à vue de manifestants), une occupation d'un centre social (évacué par la police). Elles se sont même invitées à l'inauguration de trois nouvelles rues, dans le nouveau quartier de bureaux flambant neuf mais à moitié vide où la mairie, escomptant peut-être se tailler un petit succès en baptisant ces rues de trois noms de femmes, avait dressé une petite tente pour accueillir les invités et convoqué la compagnie théâtrale Jolie Môme pour mettre de l'ambiance. La vedette a bien été volée par des femmes... mais par deux femmes africaines (auxquelles la compagnie théâtrale avait prêté le micro) qui ont expliqué simplement, avec leurs mots à elles, qu'elles voulaient un logement, qu'elles en attendent un depuis dix ans, qu'elles travaillent, ont des enfants à l'école, paient des impôts et avaient droit à une vie décente. Ce fut un "flop"pour l'inauguration officielle, où les officiels, avertis, ne se montrèrent pas et où les invités s'éclipsèrent rapidement.

Cette affaire met en lumière le manque criant de logements sociaux accessibles aux plus démunis ou aux familles à petit budget, pénurie dont le gouvernement est à cent pour cent responsable. Il y a d'un côté les parlotes de Borloo sur la réhabilitation des HLM et de l'habitat social, de l'autre, les CRS avec chiens pour expulser des familles à la recherche d'un toit. Mais cela ne justifie pas les fins de non-recevoir des autorités municipales de Saint-Ouen -auxquelles ces familles se sont naturellement adressées- opposées à toute demande d'entrevue de ces familles et de leurs représentants.

Ce n'est pas en cherchant à nier l'existence de ces familles, en mettant en avant qu'elles sont "sans droit ni titre", que le problème avancera d'un pouce. Il n'y a peut-être pas de solution à Saint-Ouen même, où le nombre d'inscrits sur les listes d'attente à un logement social bat tous les records, mais il y aurait une situation à dénoncer auprès de la population, des solidarités à mettre en oeuvre auprès des expulsés, des démarches à faire auprès des préfectures et du ministère, pour dénoncer au moins cette situation scandaleuse qui est faite aux plus démunis dans cette société.

Pour l'instant, un bon nombre des expulsés -les femmes surtout qui, comme le dit l'une d'entre elles, n'ont plus rien à perdre- tentent de s'opposer à la non-existence dans laquelle on voudrait les enfermer pour mieux les éliminer. Il n'y a pas autre chose à faire.

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