La victoire des «recalculés» : Une gifle pour le Medef et le gouvernement06/05/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/05/une1866.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

La victoire des «recalculés» : Une gifle pour le Medef et le gouvernement

L'annonce faite lundi 3 mai par Jean-Louis Borloo, le ministre de l'Emploi et de la Cohésion sociale, que les «recalculés» sont «réintégrés dans leurs droits», est incontestablement une victoire pour les chômeurs qui se sont battus.

Sous prétexte de diminuer le déficit de l'Unedic, une convention signée fin novembre dernier entre le Medef et différents syndicats, dont la CFDT, avait réduit de 30 à 23 mois la durée d'indemnisation des chômeurs. La mesure était applicable à partir du 1er janvier et touchait 635000 chômeurs. Or, des associations de chômeurs avaient attaqué cette convention en justice, s'appuyant sur le fait qu'elle revenait sur des engagements pris, notamment à propos du PARE (Projet d'action d'aide de retour à l'emploi) dans lequel le salarié qui signait ce contrat avait en échange la garantie d'une indemnisation constante.

Un premier procès, le 15 avril dernier à Marseille, a condamné l'Unedic et les Assedic des Bouches-du-Rhône à rétablir l'indemnisation des trente-cinq chômeurs qui avaient porté plainte. Encouragés par ce verdict qui reconnaissait l'illégalité des attaques dont ils avaient été victimes, plus de 2000 chômeurs (sur les 265000 déjà «recalculés») avaient alors décidé d'attaquer l'Unedic en justice pour rupture du contrat. Risquant de faire tache d'huile, ce verdict embarrassait à la fois les signataires de l'accord et le gouvernement qui l'avait approuvé.

Mais ce n'est pas tant la perspective d'avoir à faire face à une multiplication de procès ou le risque que le Conseil d'État annule l'ensemble des conventions qui a poussé le gouvernement à intervenir. Le choix du gouvernement s'explique en partie par sa volonté, depuis sa déroute aux dernières élections régionales, d'apparaître moins provocateur vis-à-vis de la population laborieuse. En tout cas pour l'instant, au lendemain des élections régionales et à cinq semaines des européennes. En même temps, en acceptant de mettre la main à la poche -sous forme d'un report d'une dette de l'Unedic d'un montant de 1,2 milliard d'euros- il ne contrarie pas le patronat. Seillière, le dirigeant du Medef, s'est d'ailleurs réjoui de la mesure prise par Borloo, puisque les patrons n'auront rien à débourser.

Les principaux syndicats, eux, avançaient l'idée de la nécessité de relever les cotisations patronales pour financer l'Unedic. Autre conséquence de cette victoire des recalculés, Jacques Chérèque, le dirigeant de la CFDT signataire de l'accord de décembre dernier et défenseur véhément d'une mesure qu'il considérait comme indispensable jusqu'alors, a fait volte-face puisqu'il parle maintenant de relever de 0,2% les cotisations patronales (à titre provisoire cependant, juste pour 2004). Bernard Thibault, de la CGT, défend lui l'idée d'un relèvement modulé, touchant les grandes entreprises, principales responsables des licenciements, plus que les PME, ce qui ne serait que justice. Mais ni l'un ni l'autre ne proposent, cependant, d'autre voie que la concertation entre «partenaires sociaux» pour aboutir à une réforme que l'un et l'autre estiment nécessaire. Mais négocier une réforme que rien ne justifie sinon l'attitude du patronat et des gouvernements successifs, qui ont considéré l'Unedic comme une vache à lait assumant à la fois les défaillances de l'État et les cadeaux au patronat, c'est se mettre d'entrée en position de faiblesse, alors même que le grand patronat multiplie les offensives contre les travailleurs et les chômeurs.

Les recalculés de Marseille et d'ailleurs ne se sont pas contentés d'attendre le résultat de négociations, ils ont su contester et, par là, ils ont obtenu que le gouvernement annule une convention injuste que le patronat avait imposée, avec la complicité de la CFDT. Ce recul qu'ils ont obtenu est un encouragement pour tous les chômeurs et les travailleurs à contester, ne serait-ce que pour l'étendre aux autres chômeurs qui, ayant commencé à toucher les allocations à partir du 1er janvier 2004, n'auront toujours droit qu'à 23 mois d'indemnisation au lieu de 30.

Car si le gouvernement fait mine actuellement de prendre en compte les problèmes de la population, il n'est pas certain qu'il poursuivra dans la même voie après les élections européennes de juin. On a même tout lieu de penser le contraire.

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