Sécurité sociale : L'essentiel n'est pas de négocier avec le gouvernement, mais d'essayer de le faire reculer16/04/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/04/une1863.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Sécurité sociale : L'essentiel n'est pas de négocier avec le gouvernement, mais d'essayer de le faire reculer

Le ministre de la Santé, Douste-Blazy, démarre cette semaine une série de consultations de ce qu'il appelle les "partenaires sociaux", c'est-à-dire les confédérations syndicales, les mutuelles... et le Medef. Ces entretiens seraient destinés, selon le gouvernement, à préparer sa prétendue "réforme" de la Sécurité sociale. C'est toute la différence entre Raffarin II et Raffarin III. Avant les élections régionales, Chirac et Raffarin se proposaient de régler le problème par ordonnances. Depuis, ils prétendent faire dans la "concertation", consulter les organisations syndicales, y compris patronales, faire adopter leur projet au Parlement... où la droite est de toute manière assurée d'une confortable majorité. Mais leur objectif reste le même, Raffarin ne l'a pas caché. Et c'est, sous prétexte de "réforme", de diminuer encore les prestations auxquelles ont droit les travailleurs, les chômeurs et les retraités.

Le gouvernement craint d'autant moins l'opposition parlementaire que la gauche déclare aussi qu'il est nécessaire de "réformer" la Sécurité sociale. Bien des mesures visant à diminuer les remboursements de la Sécurité sociale, appliquées depuis deux ans par Chirac et ses ministres, avaient d'ailleurs été préparées par le gouvernement Jospin.

Malheureusement, les grandes confédérations syndicales ne tiennent pas un langage bien différent. Certaines, comme la CFDT, qui a déjà soutenu le gouvernement dans son offensive contre les retraites, sont visiblement prêtes à rééditer la même opération sur la Sécurité sociale. Et même la CGT, qui fait campagne depuis des semaines contre les menaces qui pèsent sur la Sécurité sociale, admet "l'urgence d'une réforme", même si elle la baptise de "progrès".

La CGT réclame depuis des mois "une vraie négociation" à ce sujet. Mais qu'est-ce qu'une vraie négociation? Et qu'est-ce qu'il y aurait donc à négocier? Le déficit de la Sécurité sociale, même s'il n'est pas aussi "abyssal" que le disent ceux qui crient à la catastrophe pour mieux faire accepter leurs sales projets, existe certes. Il résulte d'une part de rentrées insuffisantes, dues à la stagnation des salaires et au chômage, d'autre part d'une augmentation des dépenses qu'il n'y a pas lieu de déplorer, puisqu'elle est le fruit (au moins en partie) du progrès médical. Mais par rapport à cette situation, il n'y a qu'une seule solution qui soit juste: prendre sur les énormes bénéfices engrangés par les entreprises pour financer un système social digne de notre époque. Il n'y a aucune raison pour que les travailleurs, déjà victimes des bas salaires, du chômage et de la précarité, fassent en plus les frais des conséquences de cette situation sur la Sécurité sociale.

Mais si les militants de la CGT s'emploient à diffuser des tracts, à faire signer des pétitions, à préparer une manifestation du Premier mai sur le thème des "garanties sociales en danger", ce que mettent en avant les dirigeants de leur confédération, c'est l'élection des représentants des travailleurs aux Conseils d'administration, autrement dit le nombre de postes qu'ils pourront occuper dans les conseils d'administration de la Sécurité sociale. Ce qui est d'ailleurs la préoccupation de toutes les confédérations.

Il ne suffit pas, bien sûr, d'appuyer sur un bouton pour déclencher une riposte d'ensemble du monde du travail aux mauvais coups du gouvernement et du patronat. Mais une telle riposte peut se préparer. Ce devrait être le rôle des confédérations syndicales, si elles étaient plus soucieuses des intérêts des salariés que des strapontins qu'elles pourraient occuper dans tel ou tel organisme administratif.

Arlette LAGUILLER

Éditorial des bulletins d'entreprise du 13 avril 2004

Partager