Sécurité sociale : Pour défendre la santé, prendre l'argent où il est01/04/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/04/une1861.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Sécurité sociale : Pour défendre la santé, prendre l'argent où il est

Les élections venaient à peine de se terminer que les représentants du gouvernement ainsi que Juppé pour l'UMP déclaraient en choeur que "les réformes devaient être poursuivies", en premier celles touchant la Santé et l'Assurance maladie. Et à nouveau les prétendus experts, les journalistes et tous les hommes politiques se succèdent sur les ondes pour rabâcher "l'absolue nécessité" de trouver le moyen de combler le déficit "abyssal" de la branche maladie de la Sécurité sociale.

La confrérie des menteurs associés

Il s'agit d'une véritable mise en condition de l'opinion populaire. On nous dit d'abord qu'il faudrait stopper la hausse continue des dépenses de santé. Certes les dépenses de santé augmentent aujourd'hui, comme elles n'ont jamais cessé d'augmenter depuis des dizaines d'années, et heureusement. C'est en grande partie la marque du progrès technologique. Car tout a augmenté, le coût des logements, des équipements ménagers, des moyens de transport qui sont passés des chaussures à clou et du vélo à l'automobile et à l'avion. Et cela sans parler de l'augmentation exponentielle des coûts des armements qui, elle, bat toutes les catégories et de façon nuisible pour la société.

Aujourd'hui il faudrait dépenser beaucoup plus pour soigner correctement toute la population et combattre efficacement la maladie, au niveau où les avancées de la science le permettraient. Les crédits actuels sont loin d'être suffisants, le mouvement de protestation des chercheurs est là pour nous le rappeler. Quant au système de la Sécurité sociale, il est bien loin d'être le modèle qu'on nous présente, et il a toujours servi à cacher les intérêts occultes du patronat et des industriels de la santé. Mais sa remise en cause actuelle vise à aggraver encore la situation au détriment de la grande majorité de la population.

Le déficit annuel actuel de la Sécurité sociale ne représente encore que 20% du déficit annuel du budget de l'État. Et surtout, même aujourd'hui en période de chômage et de moindre rentrée de cotisations, ce déficit est totalement artificiel. Il trouve sa source dans les détournements de fonds opérés par l'État et les gouvernements successifs sur le budget de la Sécu, un budget en revanche uniquement financé par les cotisations des salariés et employeurs, ces dernières n'étant elles-mêmes que du salaire différé.

La Sécu victime d'un pillage de l'État...

En 2003, sur les 8,9 milliards de trou de la Sécurité sociale officiellement relevé, l'État à lui seul était responsable à hauteur de 6,5 milliards d'euros. Cela correspondait aux allégements de charges sociales non compensées par ce dernier et divers autres cadeaux au patronat laissés à la charge du budget de la Sécurité sociale.

De plus l'État détourne dans ses caisses toute une partie des taxes censées à l'origine être reversées à la Sécurité sociale pour compenser les dépenses de santé dues à la prise en charge du tabagisme et de l'alcoolisme. Ainsi, si l'État reversait aux caisses de la Sécurité sociale, ce qu'il était censé faire, les taxes sur les tabacs et l'alcool, il n'y aurait plus aujourd'hui de déficit de la Sécurité sociale.

Et peu de gens savent qu'en contre-partie, le budget de l'État ne contribue pour rien à la construction et à la mise en place des équipements de santé publique. Pas un centime sur le budget du pays ne va à la construction, la rénovation et l'équipement des hôpitaux publics. L'argent des assurés sociaux qui ne devrait servir qu'à payer les dépenses de santé paye tout, absolument tout: l'achat des terrains, les constructions, les matériels, la formation de tous les personnels, et aussi la formation des médecins, y compris des médecins de ville. Sans parler de la paye des personnels, toutes catégories confondues.

Le fameux plan "hôpital 2007" avancé par Mattei est financé à 100% par l'argent de la Sécurité sociale, et par les emprunts des hôpitaux, qui devront en passant réduire leurs dépenses habituelles pour y faire face.

...et des capitaux privés

Il y a pourtant un secteur qui s'enrichit dans cette pénurie organisée. Car si les budgets des hôpitaux publics sont sous le contrôle direct des représentants des gouvernements, qui réduisent les personnels et ferment des services, des maternités et des hôpitaux de proximité, ce n'est pas le cas des hôpitaux et cliniques privées. Depuis des années, les gouvernements successifs ont favorisé l'installation et l'équipement des opérateurs privés, centres de soins spécialisés, hôpitaux, cliniques, en leur laissant les secteurs les plus juteux. Non seulement ils sont sans vrai contrôle mais souvent les hôpitaux publics leur servent gratuitement de plates-formes annexes, pour tous les soins lourds et coûteux. Eux encaissent les bénéfices, et les charges sont laissées aux hôpitaux publics. Ce n'est pas pour rien que des fonds d'investissements privés à but très lucratif ont envahi le secteur, comme "La Générale de Santé".

Les gouvernements ont donné tous les moyens aux grands trusts de la pharmacie de pratiquer des prix exorbitants pour les médicaments, de même qu'aux fabricants de matériels. En 2002, la "valeur ajoutée", c'est-à-dire la richesse produite par les différentes branches privées, est étonnante: 10 milliards d'euros pour les trusts de la pharmacie, 2,5 milliards pour le matériel médico-chirurgical, 6,8 milliards pour le commerce des médicaments. Une part essentielle de cette "valeur ajoutée" a été à la charge de l'Assurance maladie.

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