La nouvelle marche de "Ni putes ni soumises" (Lyon et Grenoble)12/02/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/02/une1854.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

La nouvelle marche de "Ni putes ni soumises" (Lyon et Grenoble)

On se souvient comment, en 2003, le mouvement "Ni putes ni soumises" né à la suite du meurtre de Sohanne, cette jeune fille brûlée vive à l'automne 2002 dans une cité de Vitry en région parisienne, avait organisé une "Marche contre les ghettos et pour l'égalité". Cette marche avait permis de mettre sur le devant de la scène et de dénoncer les violences auxquelles sont aujourd'hui soumises les jeunes filles qui, dans des cités, ne se plient pas à la volonté des petites frappes machistes qui veulent leur imposer leur loi. Et, au cours de sa marche, le mouvement avait gagné de nombreuses adhésions et des soutiens. Depuis quinze jours, le mouvement "Ni putes ni soumises" a repris la route. La lutte n'est pas finie bien sûr. En chemin, les militantes du mouvement organisent des rencontres, des réunions, des débats dans les villes où elles font escale. Lutte Ouvrière soutient leur initiative, appelle à participer aux réunions d'étape et à rejoindre, nombreux, la manifestation qui, le 6mars, clôturera la marche à Paris.

À Lyon

Dans le cadre de sa tournée dans les grandes villes du pays, l'association "Ni putes ni soumises"a fait étape dans la banlieue lyonnaise et tenu une réunion-débat le mercredi 4 février avec pour thème: "Vouloir et savoir vivre ensemble, filles et garçons".

Devant une salle archi-comble de plus de 500 personnes, les responsables de l'association ont présenté le nouveau comité local et réaffirmé leur combat contre l'oppression des femmes, les violences faites aux jeunes filles dans les cités, et pour l'égalité entre filles et garçons.

Le débat qui a suivi a très rapidement été monopolisé par des femmes voilées (une dizaine réparties dans la salle), soutenues par plusieurs dizaines de militants intégristes. Dès la première intervention, elles ont dénoncé la loi contre le voile en discussion au Parlement comme une loi intolérable et discriminatoire. L'une d'elles affirma même que la presse mentait sur ce qui se passait dans les banlieues, qu'il n'y avait pas de violence, que les filles étaient libres de porter ou non le voile, et que c'était la société française qui était répressive contre les musulmans.

Une autre dénonça le colonialisme de la France pendant la guerre d'Algérie, rappelant que des Algériens avaient été tués en France, et que l'on n'apprend pas cette histoire-là à l'école.

La tribune, par plusieurs interventions comme celle de Samira Kaddah, vice-présidente nationale de l'association, a tenu à leur répondre vivement, énumérant les violences, les viols et la mort de jeunes filles dans les banlieues. Et elle a conclu que le voile est bien le symbole de l'oppression des femmes et qu'il faut le combattre.

À Grenoble

Jeudi 5 février, à Grenoble, devant un public nombreux, Fadela Amara, venue dans le cadre de la marche de "Ni putes ni soumises", a repris les principales idées contenues dans son livre, à travers l'évocation de sa propre histoire et de son militantisme dans des quartiers populaires.

Au cours du débat, les adversaires du mouvement se sont exprimés en traitant Fadela Amara de "manipulatrice", de "menteuse" et de "femme dangereuse". La vingtaine de militants islamistes présents étaient venus visiblement avec la ferme intention de se servir de la réunion comme d'une tribune. Mais l'assistance applaudit vigoureusement les réponses de Fadela Amara, qui réaffirmait notamment son opposition au "fascisme vert" et au voile, symbole et instrument de l'oppression des femmes.

Bien qu'en partie déçu d'avoir dû supporter des interventions aussi rétrogrades sans pouvoir réagir, le public semblait finalement renforcé dans l'idée que le combat pour le droit des femmes, plus que jamais, doit continuer.

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