France Télécom : Des suppressions d'emplois pour appâter les actionnaires12/02/20042004Journal/medias/journalnumero/images/2004/02/une1854.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

France Télécom : Des suppressions d'emplois pour appâter les actionnaires

Pour les salariés de France Télécom, l'annonce de la suppression cette année de 14 500 emplois -dont 8800 sur 110000 en France- n'a pas été vraiment une surprise. Car les mauvais coups s'inscrivent dans une politique qui dure depuis des années. Les gouvernements Jospin, puis Raffarin, en sont directement responsables puisque l'État est jusqu'à présent majoritaire dans le capital de France Télécom (même si cela ne va sans doute pas durer).

Déjà, depuis 1996, un plan de départs en préretraite s'est traduit chaque année par des départs non remplacés, et les salariés restant dans l'entreprise ont subi une dégradation de leurs conditions de travail. Le seul résultat a été une explosion des profits. La direction a spéculé sur des technologies "d'avenir", en particulier par l'achat de licences pour le téléphone portable nouvelle génération (dit UMTS) ou l'acquisition de nouveaux opérateurs à l'étranger. Une fois la bulle dégonflée, cela s'est traduit par un endettement colossal de France Télécom, de plus de 70 milliards d'euros mi-2002. Aujourd'hui, c'est au nom de la résorption de cette dette que le nouveau PDG, nommé il y a un peu plus d'un an par le gouvernement, Thierry Breton, a mis en place un nouveau "Plan Top" de suppressions d'emplois.

Dans les services techniques, qui sont les plus touchés au niveau national, c'est 15% des emplois qui doivent disparaître pour la seule année 2004. Chaque équipe devra intervenir dans un secteur géographique encore plus vaste. L'entretien du réseau s'en ressentira. La direction de France Télécom n'en disconvient pas, mais elle explique que jusqu'à présent il y avait une... "surqualité" par rapport aux concurrents.

Au nom de la concurrence et de la course aux bénéfices, il faut vendre. Les pressions se renforcent, tant dans les boutiques que parmi le personnel dans les centres d'appels. Non seulement celui-ci doit répondre aux demandes d'abonnements, mais il est contraint de faire des prospections par téléphone pour trouver de nouveaux clients pour le téléphone mobile et l'Internet. Il doit aussi appeler les abonnés au téléphone fixe partis chez les concurrents. Les employés doivent "faire du chiffre", et tant pis si le service après-vente ne suit pas... Du coup, le nombre d'appels de réclamations n'arrête pas d'augmenter. Mais la direction n'en exige pas moins des agents qu'ils continuent à relancer les gens au téléphone pour leur vendre encore autre chose.

Certains centres d'appels chargés des abonnements et des services de France Télécom sont en réalité exploités par des entreprises sous-traitantes. La direction annonce qu'elle réduit ces marchés de sous-traitance, ce qui se traduit par des licenciements. Et des responsables de France Télécom osent justifier cela en prétendant préserver ainsi l'emploi "interne". En fait, après avoir "externalisé" des emplois, ils créent des chômeurs supplémentaires... en s'en lavant les mains!

Pour ce qui concerne la centaine de milliers de salariés employés directement par France Télécom, ils sont fonctionnaires dans leur grande majorité (plus de 85%). La direction continue de diminuer les effectifs par des préretraites (22500 entre 2003 et 2006). De plus, la hiérarchie convoque les femmes ayant 15 ans d'ancienneté et trois enfants à des entretiens répétés pour les inciter à partir, mais avec une retraite amputée. En outre, depuis un an, surtout en région parisienne, nombre de salariés sont invités avec insistance à chercher un emploi dans des administrations, comme par exemple les directions départementales de l'équipement... qui, de leur côté, réduisent aussi leurs effectifs. Cette année, France Télécom se fixe comme objectif 2000 à 2500 départs vers d'autres secteurs de la Fonction publique, au lieu de 700 en 2003. Les "managers" des équipes ont la consigne de demander, au début de chaque entretien, à tout le personnel s'il est volontaire. Pour ajouter à l'ambiance, chaque agent a droit à un "suivi individuel d'activité" et une "performance individuelle comparée" qui, selon les plans de la direction, déboucheront sur une paye revue en fonction des résultats individuels. Sur certaines positions de travail ou sur les portes des services, les résultats individuels sont même affichés publiquement sur des tableaux.

Ainsi, la direction fait tout pour que les fonctionnaires, dont le recrutement a cessé depuis 1992, se soumettent à sa politique de restructurations permanentes et de mobilités forcées qui sont devenues la règle ou quittent l'entreprise au plus vite. Autant de gages donnés aux futurs actionnaires privés.

A l'étranger, comme en Pologne, où France Télécom est majoritaire dans le capital de TPSA, cette même politique conduit à des licenciements purs et simples: 5700 sont annoncés rien que pour cette année. Depuis 2001 où France Télécom est devenue majoritaire, 22000 emplois sur 58000 y ont été supprimés!

Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi la privatisation, engagée sous le mot hypocrite d'"ouverture du capital" par le gouvernement de gauche, n'a pas été menée jusqu'à présent à son terme. Ce n'est pas faute de bonne volonté envers les capitalistes, mais parce que ceux-ci avaient pendant un temps perdu confiance et la valeur de l'action France Télécom avait chuté brutalement en 2001, comme toutes les valeurs des "nouvelles technologies".

Aujourd'hui, il semble que la confiance des banquiers et des candidats actionnaires -il est question de fonds de pensions anglo-saxons -soit de retour. C'est en tout cas le pari du gouvernement qui a fait passer pendant les fêtes de fin d'année une loi autorisant France Télécom à faire descendre la participation de l'État en dessous de 50% du capital. Nicole Fontaine, secrétaire d'État, a même annoncé que cela se fera cette année, sans doute après les élections régionales et européennes pour ne pas gêner la campagne électorale de la droite.

Souhaitons que les calculs du gouvernement soient déjoués, et cette fois parce que les salariés décideront de se faire entendre, comme cela commence à se produire dans certains secteurs encore isolés.

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