À voir : La Rafle du Vel’ d’Hiv d’après Maurice Rajfus25/12/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/12/une1847.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Divers

À voir : La Rafle du Vel’ d’Hiv d’après Maurice Rajfus

Maurice Rajfus avait 14 ans quand eut lieu, le 16 juillet 1942, la rafle du Vel' d'Hiv', l'arrestation massive de 12000 Juifs parisiens dont 4000 enfants, qui furent d'abord parqués au Vélodrome d'Hiver, aujourd'hui détruit, puis conduits au camp de concentration de Drancy avant d'être envoyés par trains entiers vers les camps d'extermination de l'Allemagne nazie.

Si Maurice Rajfus parvint, avec sa soeur, à échapper à cette arrestation, et à une mort quasi certaine, il le doit à sa mère qui, un peu après l'arrestation de toute sa famille, eut le réflexe de profiter d'une décision locale des policiers de laisser partir les enfants. La plupart des autres mères firent le choix instinctif de garder leurs enfants avec elles, mais celle de Maurice les laissa filer et tenter leur chance...

Cette anecdote fait partie du texte que le comédien Philippe Ogouz a écrit à partir des nombreux livres que Maurice Rajfus a consacrés à cet événement (Jeudi noir, La rafle du Vel'd'hiv', parmi beaucoup d'autres). Il est le seul comédien de cette pièce de théâtre et il dit avec émotion un texte qui rappelle cette sombre page de l'histoire de l'État français. Dans la France occupée des années quarante, les gouvernants français mirent en oeuvre avec zèle la déportation des Juifs de France, à la demande des autorités nazies. Ils allèrent même, comme le fit le chef du gouvernement de Vichy, Laval, jusqu'à proposer d'ajouter les enfants aux déportés adultes pour que les convois en partance pour la mort aient leur compte de chair humaine.

Si Laval fut fusillé à la fin de la guerre, le responsable de cette rafle, le secrétaire général de la police, René Bousquet, fit carrière après 1945 comme bien d'autres hauts fonctionnaires du régime de Vichy, en l'occurrence dans la banque et la presse. Il fut même un protégé de la société L'Oréal, comme son adjoint Jean Leguay et un de ses amis... Mitterrand.

Ce spectacle poignant rappelle le terrible événement et souligne, au passage, l'indulgence dont bénéficièrent la plupart des responsables de la police.

Vingt ans après la rafle du Vel' d'Hiv', les policiers parisiens, cette fois sous la houlette de Maurice Papon, lui aussi ex-vichyste, allaient réprimer avec violence les Algériens qui manifestaient pacifiquement à Paris pour leur indépendance, le 17 octobre 1961. Là aussi, la continuité de l'État français se vérifiait.

J. F.

Théâtre du Lavoir moderne parisien, 33 rue Léon, Paris XVIIIe, Métro Marcadet-Poissonniers ou Château-Rouge, réservation au 01 42 52 09 14, entrée: 20 euros, jusqu'au 15 janvier 2004.

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