Snecma Villaroche (Seine-et-Marne) : Neuf gardiens menacés de perdre leur emploi28/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1843.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Snecma Villaroche (Seine-et-Marne) : Neuf gardiens menacés de perdre leur emploi

À la Snecma, on connaissait déjà l'annonce de licenciements par haut-parleur. C'est par la voie du télégramme, cette fois-ci, que neuf salariés de la société SEEI se sont vu, en quelques lignes, intimer l'ordre de quitter leur lieu de travail, séance tenante, la semaine dernière, chacun d'entre eux faisant l'objet d'une mise à pied immédiate préalable à une procédure de licenciement.

Ce qui leur arrive est la conséquence de leur changement d'employeur sur le site de Villaroche de la Snecma. Bien des gardiens sont en poste à la Snecma depuis des dizaines d'années. Cela fait toutefois plusieurs fois qu'ils changent de société selon l'entreprise à qui est attribué le marché du gardiennage, à chaque fois que la direction Snecma recourt à une procédure d'appel d'offres. Cette fois-ci, c'est une société dont le siège social est situé dans le Val-d'Oise qui a été choisie. Elle a communiqué ensuite la liste de l'ensemble du personnel de gardiennage présent à Villaroche à la préfecture du Val-d'Oise comme une loi datée de 1983 lui en fait obligation.

Ces dispositions, que Sarkozy a depuis reprises à son compte, sont à l'origine une initiative du gouvernement de Mitterrand, destinée à l'époque à évincer de la profession les milices patronales et autres gangsters aux ordres.

En application de ces directives, les préfectures ont toute latitude pour fouiller dans le passé de chaque gardien et pour déclarer inapte à l'exercice de ce métier quiconque aurait commis un délit, voire simplement fait l'objet d'un rapport de police au cours des cinq dernières années, les services préfectoraux mettant plus ou moins de zèle à faire leurs recherches.

Dans ce cas précis, cette loi censée moraliser le métier produit neuf victimes. En ce qui concerne ces neuf personnes, les faits invoqués sont mineurs, voire de vulgaires peccadilles telles que des infractions au code de la route, depuis longtemps sanctionnées par ailleurs.

Ce n'est pas la première fois que ce genre de problème se pose. Ainsi deux gardiens de la Snecma dont l'habilitation secret-défense avait été remise en cause en 1998 à cause de faits mineurs avaient été interdits de travail pendant plusieurs mois avant d'être finalement réintégrés dans leur emploi...

Au 1er janvier 2004, le personnel de nombreuses entreprises de gardiennage risque de connaître des situations similaires car les directives Sarkozy, s'ajoutant à celles de 1983, imposeront aux gardiens, non seulement d'être déclarés auprès des préfectures, mais d'être en outre accrédités par les procureurs.

Tout cela est fort choquant et il s'avère déjà que, dans au moins un des cas, il n'a même pas été tenu compte de la prescription limitant les recherches au-delà de cinq ans.

La direction de la Snecma porte également sa part de responsabilité. C'est elle qui a décidé de sous-traiter des activités toujours plus nombreuses au fil des années dans l'ensemble des centres: le gardiennage en l'occurrence, mais également le ménage, la maintenance et bien d'autres activités. Les attributions d'appel d'offres se font la plupart du temps au moins-disant, avec à chaque fois des remises en cause des salaires et des avantages sociaux arrachés par les salariés au patron qui passe la main à un autre exploiteur.

À ce jour, bien qu'il ait été dit verbalement à certains des gardiens que leur licenciement était annulé puisque la préfecture serait revenue sur leur cas, la SEEI a néanmoins poursuivi, pour tous, les procédures de licenciement.

En cas de réintégration, chaque salarié sera de toute façon considéré comme en sursis car inscrit au "fichier Stic". Sans modification de ce fichier, que seuls peuvent effectuer la Cnil et les procureurs, ils risquent à nouveau d'être déclarés inaptes et licenciés à l'occasion d'un nouveau changement d'employeur.

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