Alstom - Chantiers de l'Atlantique (Saint-Nazaire) : Morts pour les profits28/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1843.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Alstom - Chantiers de l'Atlantique (Saint-Nazaire) : Morts pour les profits

Après l'effroyable accident du samedi 15 novembre à bord du Queen-Mary 2 en construction qui a provoqué la mort de 15 personnes, c'est d'abord la stupeur et la douleur qui se sont exprimées, tant chez les travailleurs du site que dans la population de toute la région. Puis, peu à peu, c'est le dégoût qui prend le dessus.

Comment est-il possible qu'une passerelle, pour la seule raison qu'elle supportait un nombre de personnes tout à fait compatible avec sa surface, ait pu faillir, entraînant dans sa chute 48 personnes? Est-ce un problème technique tellement complexe qu'il laisserait une quelconque part à la fatalité ou à la malchance? N'est-il pas possible de prendre toutes les précautions et d'assurer tous les contrôles nécessaires à la sécurité, sur des passerelles que des centaines de travailleurs empruntent chaque jour, dans un chantier naval capable de construire le plus grand paquebot du monde?

Poser ces questions, c'est déjà pratiquement y répondre.

La course aux délais, la recherche permanente de profits supplémentaires, les pressions incessantes qui s'exercent de bas en haut pour accroître la productivité et chasser la moindre parcelle de "non-valeur ajoutée" conduisent à une dégradation continue des conditions de travail et de sécurité.

Et le comportement du patron dans les heures et dans les jours qui ont suivi l'accident ne fait que confirmer le mépris dans lequel lui et ses semblables tiennent les travailleurs.

La journée de deuilnon payée:l'indécence patronale

Les déclarations télévisées du PDG Boissier le soir même de l'accident, annonçant la fermeture du site le lundi "pour permettre le recueillement et respecter le deuil des salariés, aussi bien Alstom que sous-traitants", n'a fait qu'anticiper le fait que, compte tenu de l'émotion, aucun travail n'aurait pu se faire ce jour-là. Et sa déclaration s'est terminée par ce qui est pour lui l'essentiel: l'assurance que malgré tout le Queen-Mary 2 serait livré en temps et en heure, le 20 décembre.

Le lendemain, mardi 18 novembre, alors que les syndicats appelaient tous les travailleurs à un débrayage pour rendre hommage aux victimes, le patron entouré de ses plus hauts cadres s'invitait en tête du cortège de milliers de salariés pour assister à la cérémonie de dépôt de gerbes sur les lieux du drame. Il avait préalablement annoncé à grand renfort de publicité que "la grande famille de la navale" participerait à la cérémonie finale et, pour faire bonne mesure, que le temps "nécessaire" au rassemblement serait payé, sans réaction notable des syndicats. Dans le même temps, avec cynisme, il annonçait en interne que le lundi 17, qu'il avait lui-même déclaré non travaillé, ne serait pas payé et devrait être à prendre sur les congés ou à récupérer dès le samedi suivant.

Une enquête judiciaire étant ouverte, la direction des Chantiers n'a pas tardé à entretenir une suspicion sur les sous-traitants qui ont monté la passerelle, alors même qu'absolument rien n'indique une quelconque défaillance ou négligence de leur part.

De même l'attention des journalistes a été principalement attirée sur le fait qu'une partie des victimes étaient des visiteurs (qui avaient signé une décharge de sécurité au patron pour pouvoir effectuer leur visite). Quant aux travailleuses, dont huit ont trouvé la mort, venues gagner leur vie en faisant quelques jours de ménage sur un paquebot de luxe, certains journalistes devaient sans doute trouver leur sort moins grave.

Le maire de Saint-Nazaire, pour sa part, peu après avoir exprimé ses condoléances, a ressenti le besoin d'adresser une "lettre ouverte aux rédacteurs en chef de la presse" pour les mettre en garde sur les conséquences des critiques contre la direction des Chantiers qui pourraient mettre en péril l'avenir de l'entreprise.

C'est le même discours indécent ("serrons les rangs!") que tente de distiller le patron par l'intermédiaire de sa hiérarchie, qu'il essaie de convaincre ou soumettre en premier.

Mais du côté des travailleurs, qui majoritairement ont considéré qu'il était indécent de ne pas respecter le deuil des familles frappées par ce drame et ne pensaient pas que le temps et l'heure étaient venus de revendiquer, l'idée fait son chemin que la défense de nos conditions de travail, de nos salaires, de nos emplois et même de nos vies face à un capitalisme aussi cynique, ne pourra se faire sans la révolte de la classe ouvrière.

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