Le marché des pays d’Europe centrale : Quand le baron Seillière va faire son miel19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le marché des pays d’Europe centrale : Quand le baron Seillière va faire son miel

«Compétitivité, baisse de l'impôt sur les sociétés, privatisations, économies budgétaires... Le miel a coulé dans mes oreilles», a commenté le président du Medef, Seillière, à l'issue d'un voyage en Hongrie et en Tchéquie à la tête d'une délégation d'une quarantaine de patrons français. Les capitalistes français, et les autres, profitent déjà largement, depuis une dizaine d'années, de toutes les facilités que leur procurent les gouvernements hongrois ou tchèque. Mais l'entrée de ces pays d'Europe centrale dans l'Union européenne, en mai 2004, va donner lieu à de nombreuses subventions de Bruxelles, qui attirent en effet les patrons français. La perspective des nouvelles commandes qui en découlent leur met l'eau à la bouche.

Depuis 1990, les capitalistes se sont empressés d'aller acheter des entreprises à prix bradés. Pour ne citer que la Hongrie, tous les grands groupes français ont tiré profit de cette mise à l'encan, qu'il s'agisse entre autres d'Alcatel, d'Auchan, d'Eridania Beghin-Say, de Sanofi, de Servier, de Total. EDF et GDF ont racheté chacune deux compagnies de distribution d'électricité et de gaz. En 1996, l'une des grosses opérations françaises a été l'acquisition par Michelin du fabricant hongrois de pneus Taurus. En 1997, la Lyonnaise des Eaux a raflé 25% des actions de la Compagnie des Eaux de Budapest, tandis que Vivendi a acquis le même taux de participation dans la Société d'assainissement des eaux.

Pour les cadeaux au patronat, les gouvernements hongrois et tchèque rivalisent avec leurs homologues du reste de l'Europe: privatisations à tour de bras, licenciements dans les secteurs publics, attaques contre les protections sociales se succèdent. De même pour imposer des sacrifices aux travailleurs de leur pays, sous couvert de réformes. Ainsi en Hongrie, depuis le 1er janvier 1998 a été instauré pour les retraites un système de capitalisation censé compléter le système par répartition d'origine. Au 1er janvier 2003, le salaire mensuel brut minimum y était d'environ 204 euros (soit autour de 1350 F) et le salaire moyen d'environ 344 euros (autour de 2250 F). Par ailleurs, l'âge de la retraite va progressivement passer à 62 ans pour tous, au lieu de 55 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes actuellement. Dans la même veine, le gouvernement polonais a programmé dans son projet de budget 2004 le relèvement de l'âge de la retraite pour les femmes, ou encore l'abaissement de l'impôt sur les sociétés.

Mais, outre une main-d'oeuvre qualifiée et sous-payée, ce qui attise aussi la convoitise de ces rapaces français ce sont les milliards d'euros de subventions et d'aides que vont recevoir ces pays du fait de leur intégration dans l'Union européenne. Cette manne représente autant de commandes que les capitalistes français ou allemands espèrent voir tomber dans leurs escarcelles. EADS, par exemple, se positionne pour placer ses Airbus, comme l'explique un de ses responsables: «Pour contrer Boeing, nous mettons les gros moyens. Tout le monde, des diplomates aux politiques, est sur le pont pour ce dossier.» Et Seillière y a ajouté son concours. Thalès (ex-Thomson) lorgne les systèmes de surveillance aux frontières. Bouygues compte décrocher des contrats de construction de routes, autoroutes et logements, pendant qu'Alstom vise les futures lignes de métro et les nouveaux matériels ferroviaires. Modalhor, une entreprise alsacienne de matériel pour le ferroutage, qui faisait aussi partie de la délégation, n'a pas fait le déplacement pour rien, comme s'en est félicité son PDG: «Grâce à la délégation française, j'ai pu accéder au ministre des Transports et prendre rendez-vous avec ses services, qui m'ont aussitôt assuré du soutien total du gouvernement.»

À l'occasion du nouvel élargissement de l'Union européenne, les multiples subventions et aides font l'objet de nouveaux marchandages. Mais en réalité une partie des crédits destinés aux nouveaux membres ne fera que transiter par les États, pour finir sur les comptes en banque d'une poignée d'entreprises des deux-trois pays les plus puissants de l'Union européenne qui se préparent à faire main basse sur les plus gros contrats.

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