Grande-Bretagne : Le sommet des responsables du désastre irakien19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : Le sommet des responsables du désastre irakien

Blair avait prévu un accueil royal pour son complice Bush, à l'occasion du voyage officiel de ce dernier à Londres, du 18 au 22 novembre. En plus des splendeurs surannées du château royal de Buckingham Palace, dont la reine devait lui faire les honneurs, Bush aura droit, dans la foulée, au confort plus moderne mais non moins princier de Chequers, la résidence secondaire réservée aux Premiers ministres britanniques.

Pendant quatre jours, une partie du centre de Londres sera interdite à la circulation. 14000 policiers ont été mobilisés pour protéger les cérémonies officielles et de l'armement lourd a été installé sur les édifices officiels. Il s'en est même fallu de peu que le trafic du métro soit interrompu, au motif que certaines lignes passent sous des lieux où se rendra Bush. Mais sur ce point, selon la presse britannique, Blair aurait tenu tête à la CIA.

Au-delà de ce déploiement cérémonial et policier, la volonté des deux chefs d'État de donner le maximum de publicité à l'événement, de part et d'autre de l'Atlantique, est manifeste. Il faut dire que l'un comme l'autre en ont bien besoin, quoique pour des raisons un peu différentes.

Bush, pour sa part, n'a guère eu de succès dans ses tentatives pour réunir sa fameuse «coalition des justes» dans la guerre contre l'Irak. Et l'attentat sanglant dont viennent d'être victimes les soldats italiens, dont les morts sont allés rejoindre d'autres morts, polonais, espagnols et australiens, ne va pas arranger ses affaires. On peut s'attendre à ce que cela refroidisse encore plus la kyrielle de gouvernements qui se faisaient déjà d'autant plus tirer l'oreille, pour envoyer des contingents purement symboliques sur le terrain, qu'ils ne voyaient pas quels avantages sonnants et trébuchants ils pourraient en tirer pour leurs capitalistes respectifs.

Alors aujourd'hui, où Bush ne peut plus nier la situation catastrophique dans laquelle il a entraîné l'Irak en même temps que les soldats américains qui s'y trouvent, il éprouve un besoin urgent de montrer à son opinion publique que les États-Unis ne sont pas isolés et qu'ils peuvent compter sur le soutien indéfectible de leurs «cousins» britanniques, jusques et y compris dans l'adversité.

De son côté, Blair souffre vis-à-vis de son opinion publique, y compris de la minorité -quand même importante- qui était favorable à la guerre, de son image de «caniche» de Bush. Aussi la campagne médiatique qui a préparé la venue de Bush à Londres a-t-elle tourné autour du rôle «modérateur» que Blair aurait soi-disant joué auprès de Bush, rôle qu'il n'aurait pu jouer sans être à ses côtés dans la guerre et qu'il devrait continuer à jouer dans la «bataille pour la paix», pour amener une prompte solution politique au bourbier irakien, et cela malgré l'«incompétence» des militaires américains dont les ministres de Blair parlent en termes à peine voilés.

Ainsi Blair fait-il d'une pierre deux coups: d'un côté en prétendant pouvoir, grâce à sa politique, traiter d'égal à égal avec Bush; et de l'autre, en posant au champion d'un règlement politique «démocratique» devant l'opinion pacifiste.

Ce tour de passe-passe suffira-t-il à convaincre l'opinion britannique? Rien n'est moins sûr. Sans doute, face à la montée des attentats-suicides, certains adversaires de la guerre se sont laissés convaincre qu'il n'y avait plus d'autre «solution» que l'occupation militaire du pays. Mais leur défection a sans doute été largement compensée par l'indignation d'une autre partie de l'opinion face aux révélations concernant les mensonges de Blair. Quoi qu'il en soit, les sondages continuent, en moyenne, à indiquer une majorité d'opposants à l'occupation dans l'opinion.

Les diverses organisations qui ont été à l'origine des grandes manifestations contre la guerre de l'année écoulée ont choisi la visite de Bush pour reprendre l'offensive. Outre une série de meetings et rassemblements locaux, une manifestation nationale était prévue à Londres, le 20 novembre.

Malheureusement, les groupes d'opposition à la guerre (dont certains sont animés par l'extrême gauche) ont choisi de focaliser cette manifestation sur la seule personnalité de Bush, sans doute dans l'espoir de flatter l'anti-américanisme qui imprègne toute une partie de l'opinion. Cela leur a permis, en particulier, de s'assurer du soutien du Parti Libéral-Démocrate (le troisième «grand» parti du pays) et de toute une ribambelle de politiciens travaillistes, dont un certain nombre avaient soutenu sans état d'âme la politique belliciste de Blair.

Mais, ce faisant, cette manifestation se trouve privée du caractère de dénonciation de la politique impérialiste anglo-américaine en Irak qu'elle aurait pu avoir. Du coup, quelle que soit son importance (d'autant plus significative qu'elle aura lieu pendant les heures de travail, un jour de semaine), elle ne permettra pas de mesurer la vigueur de l'opposition à la politique de la canonnière que mène Blair en Irak pour servir les intérêts des trusts britanniques. En revanche, elle risque de permettre aux politiciens qui s'y seront ralliés de s'offrir une bonne conduite et même peut-être à Blair de se payer le luxe inouï de se positionner au-dessus de la mêlée!

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