Alstom-chantiers de L’Atlantique (Saint-Nazaire) : Un effroyable accident et ses responsables19/11/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/11/une1842.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Alstom-chantiers de L’Atlantique (Saint-Nazaire) : Un effroyable accident et ses responsables

Quinze personnes sont décédées et trente-trois sont blessées, dont sept gravement, après que samedi 15 novembre une passerelle donnant accès auQueen Mary 2, en construction aux Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire, s'est décrochée, projetant plus de quarante personnes au fond de la cale.

«Comment est-ce possible?» «Pourquoi? Pourquoi?» Dans toute la ville, l'émotion et la tristesse sont profondément ressenties. Qui ne connaît pas quelqu'un qui travaille pour les Chantiers? En ce samedi après-midi, il y avait des familles venues visiter le paquebot, mais aussi des ouvriers qui rejoignaient leur poste de travail, entre autres pour le nettoyage du Queen Mary, comme Céline et Charlène, 20 ans toutes les deux, dont c'étaient les premières heures d'une mission de quelques jours. Ou encore Rosemonde, 48 ans, embauchée pour trois jours et Brigitte, 61 ans, toutes les quatre décédées lors de ce drame.

C'est une entreprise de sous-traitance, Endel, qui a installé la passerelle, sous les ordres et avec les consignes d'Alstom-Marine.

Et on peut voir, à l'occasion de cet effroyable accident, que tout le monde accuse les sous-traitants, le PDG des Chantiers en tête, essayant de se dédouaner par avance! Mais qui a favorisé la sous-traitance aux Chantiers?

Les patrons des Chantiers ont fait depuis des années des choix qui ont entraîné une scandaleuse détérioration des conditions de travail, de sécurité et de vie de l'ensemble des salariés.

Il est trop tôt pour expliquer ce qui s'est passé exactement. Mais, pour beaucoup de ceux qui travaillent sur les Chantiers, le drame n'a rien à voir avec la fatalité. Pour tous les salariés, et peut-être encore plus pour ceux qui travaillent à bord, la pression est intense. Les délais sont durs à tenir, y compris pour monter les échafaudages. Les horaires sont impossibles. Coûte que coûte, le Queen Mary 2 doit sortir le 20 décembre.

On a pu voir le lendemain du drame le PDG Boissier, dans une interview sur France2, après avoir pleuré quelques secondes sur les victimes, confirmer la date de livraison du paquebot (le 20 décembre) et prédire un «bel avenir commercial du paquebot»! Il tenait à rassurer rapidement les actionnaires.

La douleur des familles touchées, qu'elles soient familles de salariées ou de visiteurs, est partagée profondément par toute la population. Et il est plus que révoltant de voir une sorte de polémique organisée artificiellement par certains responsables de tout bord sur le fait que les visiteurs n'auraient pas dû être là, oubliant que des ouvriers ou des ouvrières sont morts pendant leur travail ou d'autres gravement blessés, et plus encore que tous les travailleurs risquent leur peau tous les jours en venant travailler aux Chantiers de l'Atlantique, sur un des plus grands chantiers d'Europe!

Peu à peu, après l'immense émotion du premier jour, le monde du travail et la population nazairienne s'interrogent sur les véritables raisons d'un tel drame. Tout le monde a connaissance, par au moins un membre de la famille, un voisin, un ami, de la détérioration des conditions de travail aux Chantiers.

Et les regards se tournent vers le groupe Alstom et ses responsabilités, qui semblent de plus en plus évidentes dans ce terrible accident.

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