L'uniforme à l'école? Uniformité n'est pas égalité16/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1837.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Divers

L'uniforme à l'école? Uniformité n'est pas égalité

Une des dernières trouvailles du ministère de l'Éducation nationale pour résoudre pêle-mêle les problèmes de la violence scolaire ou de l'inégalité sociale serait le retour de l'uniforme à l'école. Pour l'instant, il ne s'agit que d'une idée lancée en l'air, mais elle est significative de l'état d'esprit qui existe au sein du gouvernement.

Xavier Darcos, ministre délégué, a déclaré sur LCI que "l'école n'est pas une boîte de nuit". Il estime "normal que l'on demande aux jeunes filles, lorsqu'elles commencent à être désirables, de faire en sorte qu'elles ne provoquent personne". À l'entendre, et les machos de tous bords ne le contrediront pas, les filles seraient bien évidemment responsables des agressions qu'elles subissent dès l'instant où elles n'ont pas une "tenue convenable"! Mais dans quel lycée ou collège a-t-il vu les filles venir en cours vêtues de façon "provocante"? Et surtout, qui décide de ce qu'est une tenue "provocante" sinon ceux qui se sentent -ou se croient-provoqués?

Quant à résoudre les autres problèmes de violence, principalement le racket, le port de l'uniforme ne changera rien. Les voyous qui rackettent les jeunes ne s'en prennent pas aux plus aisés d'entre eux. C'est dans les établissements scolaires proches des cités de banlieue qu'il se pratique le plus; ils s'en prennent aux plus faibles, aux plus isolés. On ne volera peut-être pas les vestes d'uniforme mais on continuera à exiger par la menace de l'argent ou des objets. Et il n'est pas sérieux de croire que l'uniforme modifierait le comportement d'élèves grossiers et violents.

Reste l'égalité entre tous les élèves, fréquemment invoquée. Ceux qui, dans leur jeunesse, ont dû porter un uniforme à l'école savent très bien qu'il n'a jamais masqué les différences sociales, puisque, si la couleur était imposée, le prix et la qualité des habits étaient loin d'être identiques, et la richesse ou la pauvreté d'une famille se remarquaient par bien d'autres signes, ne serait-ce que par les facilités accordées ou non à l'enfant pour étudier. L'uniforme risque au contraire d'accroître encore plus les inégalités si ce sont les familles qui doivent le payer.

Et puis parler d'égalité sous prétexte que tout le monde serait habillé de la même façon, c'est choquant. C'est oublier que des enfants sont exclus de la cantine parce que les parents n'ont pas les moyens de la payer régulièrement, ou que beaucoup de lycéens de familles populaires sont obligés d'avoir ce qu'on appelle un "petit job" (mais qui est en fait un vrai travail), pour payer leurs études. Ce n'est pas l'habit, c'est-à-dire l'emballage, qui fait... l'égalité.

Partager