Encore une rediffusion ! Jospin, le retour16/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1837.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Encore une rediffusion ! Jospin, le retour

Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer que le retour de Jospin, savamment théâtralisé au travers d'apparitions médiatiques et de réflexions sentencieuses de vieux sage dans la presse (la dernière en date est une longue tribune parue dans Libération du 13 octobre), relève de calculs politiciens. Son (faux) départ signifiait qu'il "se mettait en réserve de la République", comme d'autres l'avaient fait avant lui, dans la posture de celui qu'on va chercher en dernière extrémité pour sauver le pays ou, mais c'est moins noble, pour sauver le Parti Socialiste.

On n'a guère de mal à imaginer que ce retour a fait grincer des dents au sein du PS, parmi ceux qui croyaient la voie libre. François Hollande considère dédaigneusement que Jospin n'a fait que dire ce qu'il répète depuis six mois; d'autres prétendants du PS disent la même chose. Parmi ceux qui se préparent à la course pour l'Elysée, le retour de ce concurrent n'est guère apprécié. Il est incontestable que Jospin ne dit rien de plus que ce que ces rivaux et néanmoins amis du PS essayent de dire, sans se faire entendre. C'est-à-dire pas grand-chose, et rien qui puisse motiver les électeurs ou même susciter des illusions: il critique la politique du gouvernement Raffarin, ce qui est la moindre des choses, expliquant en substance que la droite fait, mais en plus mal, ce que le PS avait fait avant 2001.

Jospin a intitulé sa tribune "Le temps des mystificateurs". Ce titre vise la droite, mais il pourrait tout autant s'appliquer au Parti Socialiste, la dernière en date de cette mystification ayant été de présenter Chirac en avril 2001 comme le rempart des libertés. Deux ans plus tard, Jospin écrit que "le chef de l'État a été élu par la gauche autant que par la droite". C'est malheureusement et honteusement vrai, et Jospin d'ajouter: "Le Premier ministre a bénéficié au départ d'un préjugé favorable". Mais chez qui? Et grâce à qui? Sinon grâce aux prises de positions des chefs de la gauche plurielle? Viennent les lamentations et les regrets de Jospin sur cette droite qui mène une fois au pouvoir, sans surprise et avec arrogance, la politique... de la droite.

Le PS retrouve donc la voie de la critique d'un gouvernement qu'il a contribué à faire élire. Critique qui reste toutefois dans les limites des bonnes manières et qu'on pourrait résumer ainsi: la droite prend des mesures qui, grosso modo, sont nécessitées par la situation mais elle s'y prend mal, ou a contre-temps. Pas un mot pour expliquer pourquoi deux millions et demi de ses électeurs ont fait défection à Jospin lors de l'élection présidentielle de 2001, sinon cette phrase pour dire que le PS "loin d'avoir été "néo-libéral"... a respecté ses engagements en conduisant une politique progressive dans les conditions du monde actuel". Ce qui signifie qu'il n'a rien à se reprocher et que la faute revient à l'incompréhension des électeurs. Jospin propose donc de nous rejouer la même comédie, avec les mêmes recettes. Malheureusement pour lui, les électeurs ont fort bien compris, et ils le lui ont dit en 2001

Rien donc qui puisse ressembler à la moindre remise en cause de la politique passée Le contraire eût été surprenant. On trouve par contre une longue diatribe contre l'extrême gauche (une colonne sur les huit de sa tribune), accusée de stérilité parce que, selon Jospin, elle refuse de prendre ses responsabilités, en n'acceptant pas de participer au pouvoir. L'expérience du PS au gouvernement illustre ce que signifie pour Jospin et les siens ce "sens des responsabilités". Son efficacité a servi à contenter les patrons et les bourgeois, pas les classes laborieuses.

Jospin conclut sa démonstration par ce lieu commun néanmoins significatif: "On le voit bien aujourd'hui, les grèves, les manifestations ne peuvent à elles seules empêcher la droite d'imposer sa politique...". Contre ce risque (que la droite reste au pouvoir), "la gauche tout entière doit prendre ses responsabilités pour l'avenir". La leçon est mal venue de la part d'un chef de gouvernement qui cautionna les licenciements à Renault Vilvorde en Belgique, malgré manifestations et grèves qui eurent lieu en cette période, qui laissa faire les licenciements à Moulinex et dans des centaines d'entreprises. Qui osera nous dire que demain, s'ils reviennent aux affaires, ce même Jospin et ses semblables ne nous expliqueront pas de nouveau que ce n'est pas le rôle d'un gouvernement d'intervenir dans la gestion de l'économie, comme ils l'avaient fait au lendemain de l'annonce, par Michelin, de plusieurs milliers de suppressions d'emplois? Surtout pas les dirigeants du PS. Car c'est cela, et rien d'autre qu'ils entendent quand ils parlent du sens des responsabilités.

Ils ont choisi d'être responsables devant les patrons et la bourgeoisie. Pas devant les travailleurs et les classes laborieuses.

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