CGT : Dans un cadeau, c'est le geste qui compte09/10/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/10/une1836.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Tribune de la minorité

CGT : Dans un cadeau, c'est le geste qui compte

Le 30 septembre, la CGT a décidé de signer à son tour l'accord sur la formation professionnelle conclu dix jours auparavant entre le Medef, FO, la CFDT, la CFTC et la CGC. Fillon, Raffarin, Seillière, Chérèque, tous ont applaudi.

Une bonne affairepour le Medef ...

L'accord prétend créer un nouveau "droit individuel à la formation". Mais Fillon, dans une interview au Journal du Dimanche du 5 octobre se frotte les mains: "Le gouvernement souhaite qu'il n'y ait plus une seule organisation du travail pour tout le monde. L'accord signé la semaine dernière avec les syndicats permet de reporter la formation professionnelle hors du temps de travail", avec une rémunération de 50% du net. Les patrons prétendent en effet ne plus avoir de temps pour la formation des salariés à cause... des 35 heures, qui permettent pourtant une flexibilité maximale au gré des caprices de l'employeur.

C'est donc bien une avancée incontestable, pour le patronat.

Bernard Thibault prétend y voir (interview dans le Monde du 2 octobre) "les prémices du nouveau statut du travail salarié, que la CGT revendique". Ce statut défendu par la CGT serait un panier de droits que chaque salarié conserverait tout en changeant d'entreprise, ce qui l'aiderait à affronter les périodes de précarité, de chômage, de changements d'emplois qui sont devenues la norme aujourd'hui. Parmi ces droits, il y aurait celui à la formation continue, tout au long de sa vie. Rien de tout cela pourtant dans l'accord, qui loin d'être un outil de lutte contre la précarité, adapte les droits actuels des salariés à la flexibilité et aux intérêts des employeurs.

Thibault le reconnaît à demi-mots en déclarant que pour mettre en oeuvre ce "compromis", il faudra des "empoignades". Maryse Dumas, la négociatrice CGT de l'accord, promet dans l'Humanité du 4 octobre "une bataille pour qu'aucun accord de branche ou d'entreprise ne donne suite à cette disposition" (la possibilité que la formation professionnelle se déroule hors du temps de travail). La confédération capitule au niveau national, aux travailleurs de se débrouiller boîte par boîte! Les centrales syndicales avaient fait le même coup avec la loi Aubry, qu'elles présentaient comme une bonne loi, pourvu que les salariés se battent localement pour contrer ses clauses anti-ouvrières. Résultat: une multitude d'accords instaurant la flexibilité et même des pertes de salaire. Il y avait toujours un syndicat pour signer un accord avec le patron, et un autre pour crier au détournement, au viol de l'esprit de la loi!

... et un encouragementpour le gouvernement !

Toutes ces arguties de la direction de la CGT ne peuvent cacher le fond de l'affaire: c'est au moment où le gouvernement vient de remettre en cause les retraites, baisse l'impôt des riches, supprime des postes de fonctionnaires, s'en prend aux droits des chômeurs, abolit un jour férié, s'apprête à "réformer" la Sécurité sociale, que la CGT lui apporte le plaisir d'une signature nationale. Au lieu de dénoncer les attaques réactionnaires du gouvernement et de préparer la riposte, la CGT donne le spectacle d'un "partenaire social" toujours disposé à discuter de façon courtoise des nouvelles revendications des patrons et de Raffarin.

La CGT demande ainsi sa place dans la "refondation sociale" du Medef, c'est-à-dire dans tous les organismes de gestion et de discussion que l'État et le patronat octroient aux bureaucrates syndicaux pour leur donner quelques postes et privilèges, en échange de nouveaux reculs pour les travailleurs. C'est ce que la direction de la confédération appelle un "recentrage". Désavouée à EDF au début de l'année quand elle voulait voter l'accord d'entreprise sur les retraites, puis devant la mobilisation des enseignants au printemps, la CGT a été contrainte d'accompagner les grèves contre la réforme des retraites, tout en diluant sur la durée les journées d'action. Même en cette occasion, le gouvernement a pu saluer son "esprit de responsabilité" quand, en mars, elle s'est directement opposée aux grèves reconductibles dans les transports publics, là où se jouait sans doute le sort de la lutte! La CGT montre maintenant qu'elle est prête à reprendre le "dialogue social", avec cette fois la Sécurité sociale comme gibier du Medef et du gouvernement.

C'est cette orientation que les dirigeants de la CGT osent appeler "un syndicalisme de conquête". Une conquête des postes, peut-être, où les intérêts des travailleurs sont bafoués. Un renoncement qui révolte bien des militants CGT. Mais on l'a vu au printemps avec les grévistes de l'Éducation nationale, des transports et de la Poste, la mobilisation, cela se prépare aussi à la base, que cela plaise ou non aux dirigeants syndicaux. Le mouvement interprofessionnel du printemps était une première manche. La centrales avaient dû suivre. Il s'agit, de la même façon, de préparer la deuxième, contre la remise en cause de la Sécu et toutes les attaques du moment. En faisant en sorte cette fois que la vague ne permette pas aux bureaucraties de jouer les pompiers.

Bernard RUDELLI.

Convergences Révolutionnaires n°29 (septembre-octobre 2003), bimestriel publié par la Fraction
Dossier: L'altermondialisation: Réforme ou révolution ? Aménagement ou renversement du capitalisme ? Dans quel camp est donc le mouvement altermondialiste ?
Articles: le "sauvetage" de la Sécu par le gouvernement; l'été chaud des intermittents du spectacle; l'enlisement américain au Moyen-Orient; la guerre menée par Blair aux réfugiés en Grande-Bretagne.
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