Journée sans voitures : Repousser les embouteillages... en banlieue25/09/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/09/une1834.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Journée sans voitures : Repousser les embouteillages... en banlieue

Le lundi 22 septembre, dans 72 villes pour tout le pays, des quartiers ont été "sans voitures".

Le but affiché de cette opération, qui revient maintenant chaque année depuis 1998, serait de sensibiliser l'opinion sur les nuisances de la voiture et de pousser les habitants à utiliser plus souvent les transports en commun, la marche à pied ou le vélo.

Mais si, ce jour-là, quelques quartiers ont été plus ou moins libérés de la circulation automobile, tout autour ce fut souvent l'enfer, avec des bouchons monstres... et une pollution renforcée.

Alors, à quoi bon tout ce cinéma?

Il s'agit en réalité d'un geste politique destiné à plaire à une partie des habitants des centres-villes. Depuis des décennies, la composition sociale de Paris et des grandes et moyennes villes de province a notablement changé. Les plus pauvres ont été repoussés dans les banlieues ou dans les zones périphériques de ces villes.

À Paris, certains déplorent depuis des années que beaucoup de voitures qui circulent dans la capitale sont celles de banlieusards. Ah, s'ils venaient travailler sans leur voiture...

Une tendance nouvelle se fait jour: il y aurait 55% de Parisiens qui n'ont pas de voiture. Cela est dû au fait que le centre de Paris est le mieux desservi par les transports en commun. Et les couloirs d'autobus se sont multipliés et permettent d'accélérer leur vitesse.

Cette fraction de la population, qui se passe fort bien de l'automobile, souhaite un air plus pur et des rues plus calmes et se satisfait des mesures prises par la municipalité socialiste et par les Verts: augmentation des couloirs pour bus et vélos, diminution des espaces pour rouler et pour stationner en voiture.

Cette politique qui consiste à préserver un îlot de calme dans certains quartiers de Paris et à repousser la circulation en banlieue, pour séduisante qu'elle puisse paraître, reflète une discrimination fondée sur les revenus et la position sociale. Depuis deux ou trois ans, la circulation aurait -un peu- diminué dans la capitale. Mais plus parce que les banlieusards trouvent de plus en plus souvent du travail dans une autre banlieue qu'à Paris. Et c'est en banlieue que les embouteillages augmentent. Et, pour se rendre d'une banlieue à une autre, les transports en commun sont bien plus rares et le réseau bien moins dense et pratique.

Le réseau d'Île-de-France a été conçu à l'origine en étoile depuis Paris et le maillage des lignes de métro, bus et RER n'a rien à voir dans certaines banlieues avec celui de la capitale. En témoigne le succès d'une des rares liaisons transversales de banlieue à banlieue, le tramway de Saint-Denis à Bobigny. Son succès prouve qu'il répond à un besoin évident. Mais en soirée il faut attendre une demi-heure et parfois trois quarts d'heure le prochain tram.

Comment les banlieusards devraient-ils s'y prendre pour renoncer à leur voiture, quand les transports en commun sont défaillants? La municipalité parisienne, socialistes et Verts confondus, ne s'en préoccupe pas. Ce n'est pas leur problème, leur seul objectif est de satisfaire un électorat qui ne veut pas subir les nuisances de la circulation automobile. Quant à supprimer les nuisances pour l'ensemble de la société, ce n'est par sur eux qu'il faut compter pour s'y atteler.

Partager