Sans Papier : Des kurdes en grève de la faim pour leur régularisation08/05/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/05/une1814.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Sans Papier : Des kurdes en grève de la faim pour leur régularisation

Depuis plusieurs semaines, des centaines de Kurdes originaires de Turquie mènent, dans de nombreuses villes, à Bordeaux, Mulhouse, Grenoble, etc., des grèves de la faim pour obtenir l'asile politique. Ils ont pris cette décision, en désespoir de cause, après que toutes leurs démarches ont échoué.

Ils ont fui la Turquie pour échapper à des conditions de vie insupportables et parfois même à la mort. Malgré cela, et alors qu'ils sont menacés en Turquie à l'heure actuelle, le gouvernement Chirac-Sarkozy-Raffarin refuse de leur accorder l'asile politique. Pourtant les cas de demandeurs d'asile kurdes expulsés vers la Turquie et emprisonnés à leur arrivée sont avérés!

Ils demandent à bénéficier du droit d'asile et du statut de réfugié politique. Ils doivent obtenir satisfaction.

Mulhouse : la grève de la faim continue

La grève de la faim commencée à Mulhouse le 23 avril par 25 Turcs et Kurdes continue. Ces hommes et femmes sont en majorité des opposants au régime turc, qui demandent le statut de réfugié politique et d'avoir des papiers pour pouvoir rester en France et y travailler normalement.

Parce qu'ils habitaient des villages situés dans des régions où se menait la guérilla kurde, certains ont vu des membres de leur famille tués par l'armée ou être victimes de coups et tortures. C'est parfois ce qui les a poussés à s'engager; ils ont été alors eux-mêmes torturés, battus, sommés de dénoncer frères, pères ou amis, et leurs maisons ont parfois été saccagées.

La police turque leur a parfois demandé de devenir indicateurs ou "protecteurs" de village à son service. S'ils acceptaient de travailler pour le régime, on leur promettait tout ce qu'ils voulaient. S'ils refusaient, on leur promettait de tuer leur bétail et de brûler leur maison, ainsi que des persécutions infinies pour eux et leur famille.

Beaucoup ont finalement choisi de quitter la Turquie, en payant l'équivalent de 20 à 30000 F à des passeurs pour fuir le pays et arriver en Europe occidentale.

C'est donc dans le soi-disant pays des droits de l'Homme, qu'ils ont à nouveau subi les violences policières le vendredi 25 avril, lorsque la police de Mulhouse les a embarqués au commissariat pour vérifier leurs identités. Grévistes, femmes ou enfants ont été brutalisés, traînés par les pieds ou les cheveux pour être entassés dans des "paniers à salade". Une jeune femme arrêtée à cette occasion a été expulsée quelques jours après en Turquie et se trouve à nouveau en prison là-bas. Deux autres grévistes ont été placés en centre de rétention à côté de Strasbourg, menacés à leur tour d'être expulsés. Les autres, relâchés, ont repris leur grève de la faim.

Certains, malgré leur demande de statut de réfugié politique depuis des mois, n'ont toujours aucune réponse des autorités. A d'autres, un refus a été opposé, faute de preuves suffisantes, selon les autorités françaises, du danger qui pèserait sur eux en Turquie. En attendant, ils n'ont pas le droit de travailler et doivent se débrouiller pour survivre, aidés par des amis ou la famille, ou victimes de patrons peu scrupuleux profitant de leur situation de sans-papiers pour leur faire accepter n'importe quel travail dans n'importe quelles conditions.

Pour le moment, les autorités préfectorales refusent toute négociation; elles ne promettent d'examiner leurs demandes d'asile que s'ils suspendent leur mouvement. Mais il y a de quoi être méfiant. La grève de la faim continue donc pour l'obtention de la libération de leur camarade expulsée en Turquie, pour la libération des deux autres en centre de rétention, et enfin pour des papiers pour tous!

Grenoble : une expulsion annulée

Alors que 33 Kurdes avaient commencé une grève de la faim et s'étaient installés dans une salle prêtée par la municipalité communiste de Fontaine (banlieue de Grenoble), le préfet de Savoie prononçait un arrêté d'expulsion vers la Turquie pour l'un d'entre eux. Baki Dumandag, 31 ans, habitait depuis trois ans chez sa soeur à Aix-les-Bains. Ce jeune Kurde avait pris la décision de venir en France demander le droit d'asile, après que les forces spéciales de l'armée turque eurent mitraillé le restaurant où il travaillait. Il était devenu membre du HADEP (Parti démocratique populaire, pro-Kurde) en arrivant à la ville, fuyant son village ratissé par les forces spéciales qui avaient fusillé en public cinq jeunes de la communauté.

A l'audience du tribunal administratif de Grenoble, mardi 29 avril, les avocats ont raconté pourquoi les 33 Kurdes en étaient arrivés à cette décision dramatique de faire la grève de la faim, n'en pouvant plus d'attendre, de se sentir menacés, sans possibilité de travailler... de vivre, tout simplement! L'arrêté d'expulsion frappant l'un d'entre eux est arrivé pendant la grève de la faim, et alors qu'on apprenait que deux Kurdes récemment expulsés avaient été assassinés ces jours-ci en Turquie.

La plaidoirie a porté sur le fond de la question kurde, mais aussi sur la décision d'expulsion prise par le préfet, qualifiée d'illégale par les avocats. En effet, comme Baki Dumandag n'a jamais reçu de refus à sa demande d'asile, refus qui doit être formellement notifié, un arrêté d'expulsion ne pouvait pas être prononcé.

C'est après la troisième audience que la juge rendit son verdict. : deux annulations d'arrêtés. Suivant les avocats dans leur démonstration de procédure illégale, elle prononça d'abord une annulation de l'arrêté d'expulsion. Puis elle annula l'arrêté désignant la Turquie comme pays de destination. Cette seconde annulation est appréciée comme un progrès dans la prise en considération du problème kurde.

Dans leur local, les grévistes de la faim ont accueilli la nouvelle avec joie.

Toulouse : deux mois de lutte

Cela fait maintenant deux mois que 31 Kurdes sont en lutte à Toulouse pour obtenir le statut de réfugiés politiques. Après une première grève de la faim de 14 jours, à l'issue de laquelle seulement 5 d'entre eux ont obtenu satisfaction, ils ont repris la grève de la faim jeudi 24 avril.

Mardi 6 mai, ils en étaient donc au 13e jour de leur deuxième grève. Le 1er mai, leurs camarades étaient présents avec les membres du collectif pour faire connaître leur lutte, signer des pétitions et collecter l'argent nécessaire. Ils étaient également présents à la manifestation des enseignants du 6 mai.

Les sans-papiers ont besoin du soutien de la population face à un gouvernement qui durcit sa politique au point de mettre en danger la vie d'hommes qui demandent l'asile politique pour pouvoir vivre décemment.

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